Valan Universe

Mon univers fictif. My own timestream.

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dimanche 23 septembre 2007

Ame Armée, le making-of

Dimache dernier, je publiais ici une nouvelle du Valan Universe. Ce soir, je vous livre mes explications, mes points de vues, mes ressentis sur cette histoire.

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dimanche 16 septembre 2007

Ame Armée

Le texte qui suit est une fiction qui se deroule dans l'uchronie nommé Valan Universe. Si vous ne voyez pas du tout de quoi je veux parler, vous pouvez lire (et je vous le conseille pour votre comprehension de ce qui va suivre) le fichier pdf intitulé "Meurtre officiel". Le lien vers ce fichier est juste à gauche.

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lundi 16 avril 2007

Bonus track : le making-of

Voila, c'est fini. Hier, vous avez pu lire le septieme et dernier chapitre du Valan Universe. Enfin, je dis dernier, mais rien n'est moins sûr, il se peut que l'inspiration revienne.

En tout cas, j'espere que ca vous a plu. J'ai quelques doutes sur mon style, et je suis bien loin d'un Hugo ou d'un Pagnol, mais j'ai enfin ecrit une histoire, à moi, jusqu'au bout. Et j'en suis content.

Dans ce billet, je vais vous faire visiter les coulisses du Valan Universe. Le pourquoi, le comment, les apparitions, etc, etc... Et je vous invite aussi à vous lacher. A me dire ce qui vous a plu, ce qui vous a deplu, ce qui vous a touché, et ainsi de suite.

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dimanche 15 avril 2007

Chapitre 7

Quel travail? En fait, nous étions devenus une force à Besançon; une force pacifique et aidante. Avec le matériel récupéré de ci de là, nous avions reconstruit quelques ordinateurs qui nous permettaient de regrouper des informations. En particulier, qui était encore vivant et où. Nous savions aussi où trouver certaines ressources. Et s'il nous manquait quelque chose, nous pouvions l'échanger à quelqu'un d'autre contre ces infos ou de menus travaux. Rapidement, nous avons mis en place un système de communication avec le reste du monde. Apres tout, les satellites étaient toujours là. Et bien laissez moi vous dire que le réseau était vraiment rapide. Aucun encombrement. Bon, c'est sur, plus grand chose à visiter non plus. La plupart des sites et des services avaient disparus, soit par manque de personnes pour s'en occuper, soit à cause de la destruction du matériel. Alors que dans les années auparavant, trouver une info utile dans le cyberespace relevait de la recherche d'un grain de sable bleu dans un jardin japonais blanc, maintenant, trouver une info relevait plus de la recherche d'un insecte spécial dans le Sahara. En fait, à part nous et nos trop rares équivalents, on ne pouvait rencontrer sur le Réseau (ou ce qu'il en restait) que les habitants des zones libres. Zones qui était maintenant pratiquement libres de fait. Si leurs frontières n'étaient pas ouvertes, c'était uniquement pour éviter que la folie n'y pénètre (et, dans certain cas, parce que leurs habitants souhaitaient rester entre eux). Utilisant les connexions sans fil et les satellites, un réseau avait été créé. Ce réseau regroupait tous les gens qui, comme moi, préférait récupérer des infos et se débrouillaient pour avoir cette occupation sans s'inquiéter du reste. Je me greffai au réseau et devint ainsi LA source d'informations de ma région. Un des adolescents à ma charge se proposa même pour remettre en fonction l'émetteur radio de la ville. Il avait déjà démontré à maintes occasions qu'il était indépendant et digne de confiance. Comme les choses s'étaient petit à petit calmées, il eut mon autorisation pleine et entière. A ma grande surprise, ils partirent à deux, main dans la main. Je les ai regardés s'éloigner, longues jambes couvertes de collants roses et lourde cape noire. Apparemment, elle comptait lui apprendre à chanter.

Quelques jours plus tard, dans la matinée, il revint m'annoncer sa réussite. Je réglai ma radio sur la fréquence qu'il m'avait indiquée et entendis la voix de son amie annoncer le lancement des émissions. Dès l'après-midi, j'envoyais les autres jeunes dans les rues de la ville afin de transmettre l'information. Même si mes jeunes ne me signalaient plus de décès, ni de destructions, les gens n'osaient pas trop sortir. La plupart d'entre eux restaient cloitrés chez eux, vivant sur leurs réserves et sursautant au moindre bruit. Mais la remise en fonction de la radio permit de remettre un peu d'espoir dans le cœur de tous. Les gens commencèrent alors à ne plus avoir peur et à sortir de chez eux. Les radios et chaînes hi-fi abandonnées au début de la Grande Boucherie furent ressorties des greniers. Bien sûr, toutes ne marchaient pas, pour cause d'usure ou de coups violents. Ceux qui savaient s'y faire les récoltaient, les démontaient et se servaient des pièces détachées obtenues pour en recréer d'autres. Tout le monde n'avait pas son récepteur, mais comme l'électricité restait un bien rare, ce n'était pas trop gênant. Au contraire, cela permettait aux gens de se regrouper, de se rencontrer. Chaque soir, à la tombée de la nuit, ceux qui avaient un récepteur en état de marche accueillaient leurs voisins moins fortunés et tous se penchaient autour du poste pour écouter les dernières nouvelles. Ces nouvelles étaient celles que j'arrivais à recueillir, soit par le réseau, soit par le bouche-à-oreilles local. Grace à cela, la vie commença à reprendre son cours. La radio annonçait par exemple la venue de tel ou tel agriculteur ou les échanges que certains souhaitent conclure. La vie reprenait son cours. Les echanges et communications reprenaient.

Et enfin, petit à petit, les zones libres s'ouvraient et leurs habitants rejoignaient le reste du monde. Eux n'avaient rien perdu. Ils allaient pouvoir nous aider à réparer le monde, à faire le bilan, à reconstruire nos vies.

dimanche 8 avril 2007

Chapitre 6

Combien d'immeubles ont ainsi été détruits? Combien de maisons se sont écroulées? Combien de trains ont déraillées? Combien de voitures ont été embouties lors des carambolages délibérés? Combien de bus remplis de personnes âgées ont été brulés? On a rapidement perdu le compte. Surtout au début où chacun faisait attention de ne pas faire partie du nombre. Pourtant, le nombre de mineurs victimes de ces "accidents" est resté minime; pratiquement nul, même. Apparemment, l'intellect collectif avait bien compris l'importance de la nouvelle génération. A tel point que certains étaient prêts à tout sacrifier pour sauver des enfants et des adolescents. Bref, la Grande Boucherie atteignit son but : diminuer la population. Les seules personnes qui restèrent à l'abri furent les habitants des "zones libres" et ceux du continent africain. Même les politiques qui s'imaginaient intouchables déchantèrent vite. Beaucoup de personnes les tenaient pour responsables de ce qui se passait. A tort ou à raison mais, en tout cas, la classe politique fut décimée. Nombre de ses membres louèrent les services de gardes du corps; mais, au mieux ces derniers laissaient passer les attaquants, au pire ils se retournaient contre leurs employeurs. Ce fut un message clair et unanime en direction des politiques présents et à venir : plus jamais ça!! Les grands ordinateurs des gouvernements centraux furent eux aussi détruits. Nous étions maintenant libérés de la surveillance des puces.

Quant à moi, j'avais réussi à survivre. Comment? En évitant les personnes et les endroits dangereux; en me préparant physiquement, en faisant attention à tout et surtout avec énormément de chance. Personne n'a pu survivre à la Grande Boucherie sans une grosse dose de chance. J'avais rapidement appris que Roger Matthieu avait péri en voulant sauver les enfants pris dans l'incendie de la barre d'immeubles voisine. Il continuait à faire des allers-retours lorsque l'immeuble s'est écroulé sur lui. Le destin est assez cruel pour qu'on se rende compte qu'il ne restait plus personne dans l'immeuble au moment de la mort de Roger. Il était devenu un héros. Voila qui m'enlevait une épine du pied. Je n'avais plus à batailler avec ma conscience pour savoir ce que je devais faire. Je ne pouvais décemment pas tuer un tel héros, sans parler du fait qu'il était déjà mort. Alors je m'occupais. Je m'occupais et surtout j'observais.

Certes j'habitais une petite ville et les réseaux d'informations n'étaient plus très fiables, mais ce que je voyais ici équivalait à ce qui se passait ailleurs, au moins dans le reste de l'Europe. Au début de la Grande Boucherie, le chaos s'est installé. Il a enflé et enflé jusqu'à ce que la plupart des survivants perdent leur place. Les ouvriers, les techniciens, les employés de services n'avaient plus d'emploi, faute de demande, de collègues et/ou de matériel. Par contre, les agriculteurs, les épiciers, les bouchers, tous les métiers liés à la nourriture devinrent très important. Idem pour le corps médical et les petits artisans. Certaines professions, comme les tisserands, les tailleurs ou les meuniers, refirent leur apparition. Au début, les professions intellectuelles diminuèrent. Il faut dire que la plupart d'entre eux n'étaient pas physiquement des mieux armés pour survivre à ce genre d'épreuve. Mais au fur et à mesure de la disparition des parents, on fit de nouveau appel à eux pour s'occuper des orphelins. Suite à une demande d'une amie enseignante, j'acceptai moi-même de m'occuper de certains parmi les plus indépendants en échange d'un logement dans le bâtiment de la médiathèque. En plus de récupérer un logement agréable et pratique, je voulais continuer l'œuvre de mon ami bibliothécaire. Lui non plus, il n'avait pas survécu. L'explosion de la synagogue lui avait été fatale. Pendant un moment, je ne me préoccupais plus du tout du monde extérieur et me focalisais sur l'éducation des jeunes à ma charge. Bien sur, je n'avais aucune formation, ni aucune expérience sur la façon de s'occuper d'enfants; surtout d'enfants orphelins. Je m'occupais plutôt d'adolescents. Et puis, au pire, je pouvais toujours demander de l'aide à l'enseignante qui me les avait confiés. J'évitais quand même de trop la déranger, elle avait assez à faire avec les trois gamins dont elle s'occupait. Deux frères et une sœur dont les parents étaient morts. Eux aussi, ils avaient voulu parler. Mais ensemble. Et ils étaient partis ensemble.

Pour en revenir à mes jeunes, je leur apprenais ce que je savais. Ils m'interrogeaient parfois sur des sujets que je ne connaissais pas et nous cherchions ensemble les réponses. Parfois les rôles étaient inversés et c'étaient eux qui m'enseignaient des choses, directement ou non; sur la manière de gérer un groupe, par exemple. Je crois qu'ils m'ont aussi réappris à rire. Un jour alors que je leur demandais ce qui leur manquait le plus, une fille m'a répondu avec énormément de sérieux : "Regarder les maitres nageurs à la piscine!" Je n'ai pas pu m'empêcher d'éclater de rire. C'était tellement mignon.

Heureusement, Besançon était une ville moderne et écologique : tous les bâtiments municipaux avaient été équipés de panneaux solaires et d'isolations complètes. En plus de cela, mes élèves et moi avions créé une turbine alimentée par le Doubs. Cette turbine était reliée au bâtiment par les câbles installés, toujours par nos soins, dans les égouts souterrains. Nous habitions donc dans un édifice qui, s'il commençait à être un peu étroit pour notre nombre, n'en était pas moins fonctionnel et surtout énergiquement autarcique. Ceci fait, nous sommes passés à l'étape suivante. Maintenant qu'ils étaient à la fois endurcis par leurs épreuves et préparés par mes soins, j'envoyais les jeunes dans la ville, avec charge pour eux de ramener tout ce qu'ils pouvaient trouver d'intéressant : nourriture, armes, vêtements, autres orphelins et surtout informations. Leurs consignes étaient précises :

  • toujours par groupe de trois
  • en cas de rencontre avec un autre orphelin, abandonner la mission et revenir immédiatement
  • sécuriser les quartiers proches avant de s'en éloigner
  • ne pas s'imposer aux autres habitants.
J'envoyais ainsi quatre équipes. Nous étions trois à rester sur place en cas de nécessité. Je ne m'inquiétais pas vraiment, puisque la population de Besançon avait vraiment diminué, suite à la fois aux décès et aux exodes dans les coins perdus du Haut-Doubs.

Je ne comprenais pas ces derniers cas. Je préférais rester au risque de mourir plutôt que fuir pour vivre. Et puis tant qu'à risquer d'être poursuivi, autant que ce soit en ville et non dans une maison perdue au milieu des forêts et collines du Haut-Doubs. Bien trop effrayant pour moi.

Bref, je ne m'inquiétais pas. Certes, les jeunes ont eu des aventures, mais rien d'insurmontable ou de préjudiciable. Ces rondes eurent plusieurs aspects positifs. Tout d'abord, nos ressources augmentaient; ensuite, nous nettoyions la ville et enfin, les autres habitants commençaient à nous connaitre et à ne plus se méfier de nous. Un des jeunes, assez petit de taille, avait développé le talent de s'entendre avec pratiquement tout le monde et se retrouvait fréquemment invité chez les uns et chez les autres. Nous avons été rejoints à un moment par un homme que j'accueillis avec plaisir. Il avait eu des problèmes avec l'administration suite à une injustice envers lui et avait du s'exiler. Mais maintenant qu'il n'y avait plus d'administration, il était revenu. Il était en ville depuis quelques jours et il avait aperçu mes jeunes dans les rues. Comme il souhaitait s'occuper à nouveau d'adolescents, il était venu me voir et me demander s'il pouvait m'aider. Je n'avais pas encore atteint mes limites, mais je m'en approchais. J'acceptais son offre avec plaisir, ce qui me permit de me concentrer sur le reste de mon "travail".

dimanche 1 avril 2007

Chapitre 5

A Besançon, les meurtres étaient restés discrets : une ou deux attaques à main armée, quelques piétons volontairement renversés, etc… Mais rien de grandiose. Pendant un certain temps, tout se déroula derrière des portes closes. Mais tout ceci a changé le jour où un groupe se décida à attaquer la caserne. Après tout, pour du 1 contre 1, les objets fournis suffisaient largement. Mais quand quelqu'un a décidé qu'il n'y a plus rien à perdre et qu'il est temps de ne plus prendre de gants, il a tendance à utiliser les grands moyens. Et où trouver à Besançon de plus grands moyens que chez les militaires?

Donc, un matin de mai, une grande explosion retentit dans toute la ville. Sur le coup, personne ne sut ce qui se passait, mais dès le lendemain un compte-rendu assez précis se transmettait de bouche à oreille.

Vers cinq heures, alors que le soleil n'était pas encore levé et qu'une partie des militaires dormait encore, un petit groupe s'approcha du mur sud de la caserne. Discrètement, les membres de ce groupe posèrent leurs pains de plastic sur le mur puis s'éloignèrent rapidement afin de ne pas se trouver dans la zone de déflagration. Faire exploser un mur de caserne, c'est un peu comme mettre un coup de pied dans une fourmilière : le calme apparent est vite remplacé par une frénésie certaine. En plus, le temps que les ordres arrivent d'en haut, il est possible d'en profiter. Deux ou trois attaquants étaient restés sur place et tiraient à l'arbalète sur les militaires sortant du nuage de fumée. C'est bien, une arbalète, ca ne fait pas de bruit. Et si l'entraînement est bon, il est possible de faire aussi mal qu'avec un pistolet. Apparemment, le commando s'était suffisamment entrainé. Ils réussirent à abattre une demi-douzaine de militaires avant que le flot ne se tarisse. Voyant que plus personne ne sortait du nuage de poussière et avant que celui-ci ne disparaisse complètement, ils s'évanouirent dans la nature, leur mission remplie. Car cette attaque n'était qu'une diversion. Pendant qu'ils attiraient l'attention sur ce coté des installations, le plus gros de la troupe entraient dans la caserne par la grande porte de cette manière : Trois d'entre eux, semblant marcher sur le trottoir comme n'importe quel passant, attaquèrent les sentinelles de garde au couteau au moment même de l'explosion. Surpris par les deux attaques simultanées et la vélocité des attaquants, aucun des militaires n'eut le temps d'appeler ses camarades avant d'être sauvagement égorgé. Le reste de la troupe surgit alors du fossé et entra par la grande porte. Les trois qui s'étaient occupés des sentinelles prirent rapidement leur place. Ainsi, au premier coup d'œil, ce coté-ci de la caserne ne se distinguait pas par rapport aux jours précédents.

Les autres attaquants, masqués, se séparèrent : cinq groupes constitués de trois ou quatre personnes et un grand groupe d'une quinzaine de membres. Chacun savait où il devait aller. Depuis la restauration d'un service militaire obligatoire pour tous, tout le monde passait deux ans de sa vie dans une caserne. Comme rien ne ressemble plus à une caserne qu'une autre caserne, il n'etait pas difficile d'oublier les differences et de se rappeler des lieux strategiques. Les premiers groupes avaient pour mission de naviguer dans toute la caserne en ajoutant le plus possible au chaos ambiant : mini-explosions un peu partout, attaque rapide et fuite, course poursuite dans les baraquements et autant que possible meurtres. Il fallait éviter les attaques frontales et les batailles rangées.

Pendant ce temps, l'autre groupe devait rejoindre l'armurerie. Là, même si la rapidité restait de mise, le mot d'ordre était discrétion. Il fallait pénétrer dans le bâtiment, y récupérer le plus d'armes possible et ressortir. Le tout dans un temps limité, bien sur. Ce plan n'aurait pas du fonctionner, vu que l'armurerie est le bâtiment le mieux gardé d'une caserne. Mais c'était le plan. Et tout le monde sait que les plans ne tiennent jamais au-delà du premier coup. Dès l'explosion, de nombreux habitants des immeubles voisins se mirent à leurs fenêtres pour voir de quoi il retournait. Et certains ont donc vu la trentaine d'attaquants investir la caserne. La plupart n'osait ou plutôt ne pouvait pas bouger, fascinés par ce qui se passait comme un animal pris dans les feux d'une voiture. D'autres, moins captivés mais plus prudents, s'éloignèrent des fenêtres. Et les plus jeunes des adultes virent là une bonne occasion et se précipitèrent dans l'action. En peu de temps, les militaires se retrouvèrent non seulement surpris, mais aussi en sous-effectif. Contrairement à ce qui était prévu, ce qui se passait dans la caserne n'était plus une bataille entre deux camps mais un ensemble d'escarmouches plus ou moins privées. Pour les militaires, il n'y avait pas grand-chose de changé, mais pour les autres, c'était très différent. En effet, les attaquants, ceux qui étaient à l'origine de l'opération, avaient maintenant de la chair à canon à disposition. Il est en général assez mal vu de sacrifier ses compagnons de combat. Mais si on a sous la main d'autres personnes à qui rien n'a été promis, qu'on ne connaît pas et dont on se moque éperdument, c'est tant mieux. Dans de telles circonstances, tout est permis. Ainsi, certains n'avaient aucun remords à amener les militaires poursuivants vers un groupe de personnes fraîchement arrivées et à profiter de la pagaille  pour s'échapper. Apres tout, le but était de récupérer du matériel et de s'enfuir. Ce que ne savaient pas les retardataires.

Comme je disais plus haut, ce plan n'aurait pas dû fonctionner, même avec l'aide involontaire des nouveaux arrivants. Il n'y a que deux moyens pour entrer dans une place forte : s'y faire inviter par l'ennemi en le trompant ou avoir un converti[1] à l'intérieur pour ouvrir la porte. Aucune n'est meilleure que l'autre, mais dans ce cas, il y avait un converti sur place. Le frère d'un des attaquants avait été assigné à la garde de l'armurerie avec deux de ses camarades. Il se débarrassa d'eux sans aucun remords et se tint prêt à accueillir les attaquants.

Entre le converti et les attaquants imprévus, l'opération fut un succès. Peu de pertes à déplorer, peu de munitions gâchées à se défendre et une fuite grandement facilitée. Un seul regret : ne pas avoir pu prendre plus de matériel. Mais bon, une personne, aussi forte soit-elle n'a que deux bras. Ceci dit, il y en avait assez pour un futur massacre. Et massacre il y eut!

Comme il fallait à la fois rentabiliser et économiser le matériel, les premières cibles furent les plus peuplées. La première explosion eut lieu à Planoise. Forcement, un immeuble de 25 étages dont les fondations lâchent, ça fait des victimes. Surtout quand c'est une tour et pas une barre. Tout le monde a vu au moins une fois à la télé une tour être détruite pour reconstruire à sa place. On sait comment c'est impressionnant. Cela a été pareil. Mais avec des gens dedans. Et le résultat a dépassé toutes leurs espérances. Du coup, ils ont voulu se faire plaisir. Apres tout, il y a des bâtiments bien plus marrants à faire exploser que des immeubles d'habitations. Déjà, le centre d'accueil aux étudiants étrangers. Bon, lui n'a pas explosé. Il a brûlé. Bien sur, toutes les issues avaient été condamnées auparavant. Sinon, à quoi bon? Ca n'avait pas été très dur, vu que l'endroit avait été fortifié un peu avant. Et le problème d'une place fortifié c'est qu'il est en général aussi difficile d'en sortir que d'y entrer. Bref, tout a brûlé. Tout et surtout tous.

Ensuite, il y eut la synagogue et la mosquée. Les deux incidents marquèrent les esprits. La synagogue parce qu'elle était en plein centre de la ville et à cause de l'histoire de sa civilisation; la mosquée parce que c'était le premier exemple d'attaque directe et frontale envers l'islam. Jusqu'alors, les attaques contre cette civilisation avaient été insidieuses et diffamatoires, plus au niveau de l'esprit, de la réputation qu'au niveau physique.

[1] : "Un traître est celui qui quitte son parti pour s'inscrire à un autre ; et un converti celui qui quitte cet autre pour s'inscrire au vôtre." Georges Clemenceau.

dimanche 25 mars 2007

Chapitre 4

Apparemment, je n'étais pas le seul à avoir envie de marcher. Les rues n'étaient ni plus ni moins remplies que d'habitude, mais la population n'était pas la même. Pour une fois, il n'y avait pratiquement que des personnes seules. Presque aucun groupe en vadrouille, ni aucun couple discutant en amoureux. Par contre, combien de gens seuls, perdus dans leur réflexion, avançant sans but, sans même regarder où les menaient leurs pas. Ce fut le premier acte de ce qui fut appelé Mars 53 : La Grande Léthargie. Pendant deux bonnes semaines, plus personne n'eut goût à rien. Les endroits consacrés aux loisirs furent désertées, les salles de cinéma étaient vides, les restaurants périclitaient, les bars devinrent sinistres et l'audimat descendit en chute libre. Par contre, les rues piétonnes, les parcs et les jardins furent pris d'assaut. Les bancs publics ne servaient plus aux bécots des amoureux mais à la mélancolie des désespérés. Un peu comme si chacun voulait être seul mais en compagnie des autres. Un peu comme si chacun voulait être à portée d'un autre, mais sans vouloir faire le premier pas. L'interdiction de parler restait encore dans nos esprits. Personnellement, je réfléchissais encore à ce que je devais faire. Pas à comment, ni à pourquoi. Le pourquoi je le savais, et le comment viendrait plus tard. Si nécessaire.

En attendant, l'Europe était devenue léthargique. Et d'après ce que nous en savions, les autres pays subissaient les mêmes effets. Evidemment, nous ne pouvions en être sûrs, mais, personnellement, j'étais persuadé que la cause était la même. Les medias n'avaient pratiquement rien à dire. Rien ne se passait. De toute façon, les journalistes étaient amorphes, eux aussi.

Mais alors que je réfléchissais, le temps passait. Et la Grande Léthargie aussi. Au bout de cette quinzaine de jours, elle disparut.

Et l'énergie revint. Fini le calme. Les gens se prirent en main. De différentes façons, cependant. Certains prirent les supermarchés d'assaut, persuadés que s'ils avaient assez de sucre et de farine, ils survivraient à tout. Bien sur, ils se trompaient. Déjà les moins rapides se sont retrouvés devant des rayons vides, obligés de se battre entre eux pour pouvoir acheter de quoi manger. De plus, des petits malins s'étaient organisés et tendaient des embuscades aux acheteurs. Parmi ces derniers, les moins malchanceux repartaient sans provisions. Les plus malchanceux ne repartaient pas. Pourtant, il y aurait eu assez de nourriture pour tous. Indépendamment de ceux qui faisaient des réserves. En effet, le nombre de suicidés augmenta fortement, ce qui réduisit le nombre de bouches à nourrir. Ils étaient sans doute ceux qui ne pouvaient se résoudre à ôter la vie d'un autre et n'avaient trouvé que cette solution. Il devait aussi y avoir quelques homicides bien déguisés. Il y eut quelques surprises parmi les suicides: certains qu'on prenait pour des forces de la nature tombaient en morceaux, alors que des mollassons notoires faisaient preuve d'échines des plus solides. Evidemment, les techniques étaient très diversifiées. : veines taillées, gaz ouvert, gâchettes appuyées, nœuds serrés, parapets enjambés et tant d'autres. De mon coté, pas de problèmes. Mon optimisme naturel et ma forte aptitude naturelle à me voiler la face me permettaient d'envisager une solution plus ou moins heureuse à cette crise. Bien sûr, je ne pouvais pas ignorer toutes ces morts. Il ne se passait pas un jour sans que le Doubs ne charrie un cadavre ou deux, et les promenades en forêt n'apaisaient plus les esprits depuis que les arbres arboraient des décorations assez macabres. Se retrouver face à un pendu au détour d'un chemin forestier n'est pas une sensation des plus agréables. Bref, les suicides s'affichaient au vu et au su de tous.

En parallèle de ces suicides, il y eut aussi de nombreux décès par arrêt cardiaque. Elles furent attribuées plus tard à ceux qui avaient voulu parler, ceux qui avaient voulu que l'information soit répandue. Les puces ne servaient malheureusement pas qu'à connaitre la localisation des personnes. Et puis, il y eut les meurtres proprement dits. Alors que les autorités espéraient six mois d'épuration discrète, efficace et contrôlée, c'est tout le contraire qui arriva. Apres tout, très peu de personnes sont prêtes à tuer de sang froid. Certains ont donc décidé d'utiliser la méthode forte. Oui, encore plus forte.

dimanche 18 mars 2007

Chapitre 3

Personne n'a jamais su qui a eu cette idée, personne n'a su si elle vint d'un puissant ou d'un sans-grade. En tout cas, elle a rapidement fait son chemin. Et surtout elle a plu à tous. Aucun gouvernement n'a voulu être à la traine. En six mois, tout était prêt. Le 13 Février 2053, un communiqué fut diffusé sur toutes les chaines de télé, toutes les fréquences de radios, tous les journaux papier du monde. "Une solution a été trouvée pour résoudre le problème de la surpopulation." Déclaration officielle bien sûr mais sans détail.

Et pour cause. Deux semaines après, je recevais chez moi un colis portant le logo du gouvernement central. De la taille de deux boites à chaussures empilées, mais bien plus lourd, ce colis contenait une enveloppe à mon nom et une autre boite métallique à ouverture codée. Curieux, j'ouvris l'enveloppe et lut la lettre que voici.

Gouvernement central d'Europah

Lundi 13 Février 2053

         Monsieur,

        Vous êtes certainement au courant des problèmes que rencontre notre monde à l'heure actuelle. La plupart de ces problèmes peuvent être imputés à une source : la surpopulation.

         Comme annoncé ce jour, nous avons trouvé un moyen de réduire la population. Mais pour cela, nous avons besoin de VOUS! Vous avez été tiré au sort par l'ordinateur central d'Europah. Vous faites partie des 50% de la population ainsi choisie pour effectuer une mission de la plus haute importance. Cette mission est la suivante. Vous devez trouver Roger Matthieu, électricien indépendant à Besançon et utiliser les outils contenus dans la boite ci-jointe pour nous en débarrasser. Le code permettant d'ouvrir la boite est le 42RM39. Toutes les instructions complémentaires et les réponses aux questions que vous pourrez vous poser sont contenues à l'intérieur de cette boite.

         Cordialement,

         Pour le gouvernement central d'Europah,

         Georges Pascalin

Pendant longtemps, je suis resté sans rien faire, la lettre à la main. Que me demandait-on là? Me débarrasser d'un homme? Moi qui me flattais d'être plus intellectuel que manuel et surtout non violent? Mes pensées bouillonnaient. Puis je voulus en savoir plus. J'allais avoir besoin de plus d'information si je voulais comprendre. Posant la lettre sur la table, je sortis la boite métallique du colis et je l'ouvris. Et là, je fus obligé de m'asseoir avant que mes jambes ne m'abandonnent.

La boite s'ouvrait en son milieu. Elle contenait principalement une mousse dans laquelle des emplacements avaient été découpés. Et dans ces emplacements... des armes. Du moins, c'est ce qu'il me semblait à première vue. Un revolver, un couteau qui n'aurait eu sa place que dans la cuisine d'un cannibale, un câble, un petit flacon, un poing américain, une arbalète de poing, bref l'attirail complet du parfait petit assassin. Et une liasse de feuilles. Sans doute les instructions et informations promises.

Je pris les feuilles en main et commençais à lire. Sur la première feuille, les instructions les plus importantes. Et surtout, la règle à ne jamais transgresser : Ne parler de ceci à personne!! Tous les moyens de communication étaient surveillés. Tous les medias censurés. Quiconque essayait de diffuser l'information encourait la peine capitale immédiate. Un seul cas était exempté : Il était possible de tout expliquer à la cible avant la mise à mort. Les règles suivantes étaient simples.

  • Une personne majeure sur deux avait reçu la même boite que moi. Une cible avait été attribuée à chaque personne. Deux choix avaient donc été effectués : un pour choisir les "exécuteurs" et un pour choisir les "cibles". Ces personnes avaient été choisies complètement au hasard par un programme informatique contenu dans les ordinateurs des gouvernements. La population de départ étant quasiment[1] la même, une personne pouvait être à la fois exécuteur et cible.
  • Aucune cible n'était au courant du sort qui l'attendait. Afin de faciliter le travail de l'exécuteur, bien sûr.
  • Les exécuteurs avaient un délai de trois mois pour accomplir leur mission. Au bout de ce délai, si la cible était toujours en vie, l'exécuteur, et l'exécuteur seul, serait puni.
  • Il n'y aurait d'enquête sur aucun homicide commis sur un majeur pendant ces trois mois. Libre à chacun d'utiliser les outils à sa disposition.

J'arrivais à la fin de la première feuille. Je la retournais. Rien sur le verso. Les autres feuilles? Uniquement des informations sur le contenu de la boite et la façon de s'en servir. J'y appris en les survolant que des munitions pour l'arbalète et le revolver ainsi que différents holsters et un mini-pain de plastic se trouvaient sous la mousse. Le reste concernait l'utilisation des armes. Rien de plus concernant la "mission", comme le disait si bien la première feuille.

Je relus tout. Rien de plus qu'à la première lecture... Bien sûr, les textes étaient pleins de non-dits et de vérités déguisées, mais il allait me falloir du temps pour trouver tous les pièges et toutes les ouvertures laissés dans la missive. Je décidais donc d'aller faire un tour à pied. J'allai en profiter pour faire du repérage, au cas où. Annuaire et plan. Où Roger Matthieu habitait il? 3 Rue Max Jacob. Très bien. Je voyais exactement où ca se situait, inutile d'aller voir. Je partais donc vers le centre.


[1] Le meurtre gênant moins les officiels que le suicide, une personne ne pouvait être sa propre cible. Pour chaque choix, la population des cibles était donc égale à celle des exécuteurs, moins l'exécuteur lui-même.

dimanche 11 mars 2007

Chapitre 2

Pendant que l'Europe s'installait dans une sécurité liberticide, le monde continuait de tourner. La science évoluait à grands pas. Depuis que la nanotechnologie était devenue facilement utilisable, en 2038, de nombreuses découvertes avaient été effectuées, en particulier dans les domaines de la médecine et de l'informatique. A taille égale, un ordinateur de 2040 était 100 fois plus puissant que ceux du début du siècle. Et la médecine... La médecine, j'en parlerais plus tard

En politique aussi, le petit était utilisé pour faire du grand. Les accords de libre échange ou de libre circulation ne suffisaient plus. La plupart des petits pays se regroupèrent pour créer de grandes puissances. L'Europe des 34 fut transformé en un état fédéral de fait et de nom. Les pays du Maghreb se regroupèrent pour former un seul état. Les deux Corées se réunirent et se fondirent dans l'Empire Nippon. Les dragons et les tigres d'Asie méridionale s'assemblèrent aussi. Les iles d'Océanie furent absorbées par l'Australie. L'Etat du Centralmerc fut crée par le Mexique, ses voisins d'Amérique Centrale et les iles Caraïbes. La forêt amazonienne fut entourée de tous cotés par l'Empire Inca. Malgré la destruction du tombeau de Lénine (ou peut être à cause de cette destruction) l'URSS se reconstruisit et récupéra toutes les républiques ayant fait sécession. Le Népal, le Sri Lanka et le Bengladesh firent leur entré dans la Nouvelle Inde. L'Arabie devint un état entier s'étalant de l'Asie Mineure au Yémen et de l'Egypte au Pakistan. Israël s'étendit et récupéra le territoire complet de la Palestine. Les palestiniens émigrent en Arabie. Yerushalayim et Al-Makkah acquièrent le statut de villes-états comme Il Vaticano.

Pendant ce temps, les états déjà assez grands se mettaient eux aussi aux puces. Il n'avait pas fallu longtemps au digne successeur de G.W. Bush pour y voir son intérêt. L'Empire du Milieu ne fut pas loin derrière. Apres tout, quoi de mieux pour un état censeur? Et petit à petit, tous les nouveaux états y passèrent. Bien sur, il restait encore des "zones libres" comme en Europe. Les déserts par exemple : le Gobi, le Sahara, le Nadj et l'Outback. Certains pays comme La Nouvelle Inde ou Israël. Les grandes forêts du Canada et d'Amazonie. Les petites iles de la Nouvelle Australie. Et bien sur toute la partie du continent Africain situé au sud du Sahara.

Car au meme moment, les états d'Afrique du sud du Sahara continuaient à bouillir. Guerres civiles, élections truquées, guérillas, famine, sida et autres maladies gardaient cette région dans un état de chaos permanent. Ce chaos était bien sûr soigneusement, bien que discrètement, entretenu par les pays "développés". Apres tout, il faut bien quelqu'un pour acheter les armes. Mais tout ceci empêchait les africains de construire quoi que ce soit de durable.

En effet, tous ces grands états ne pouvaient plus être gérés uniquement par des humains. Alors de gros ordinateurs furent créés. Ils permettaient de calculer, de vérifier et de recalculer. Ils ne furent pas dotés d'une intelligence artificielle. Pour plusieurs raisons : d'abord parce qu'il n'y avait jamais eu de résultats satisfaisants de ce coté, ensuite parce que aucun politicien ne souhaitait être remplacé, fusse par une machine, et surtout parce que personne n'aurait accepté de programmer un telle AI.

Mais les ordinateurs étaient là. Et ils pouvaient faire pratiquement tout ce qui leur était demandé. Non seulement, ils contenaient tout le savoir de l'humanité, mais en plus, ils avaient toutes les informations sur toutes les personnes abritant une puce.

Pourtant, des personnes, il y en avait. Depuis l'évolution de la médecine, l'espérance de vie moyenne dans la plupart des pays dépassait les 100 ans. Moi-même, à l'heure où j'écris, j'ai plus de 90 ans. Et je ressemble à mon père. A l'époque où il en avait 60. Nous mourrions moins. Ou plutôt, moins vite. Par contre, nous naissions toujours aussi rapidement. Ce qui a entrainé une surpopulation. Déjà, au début du siècle, nous étions 20% de la population à nous partager 80% de la richesse planétaire. Alors après... Plus de guerres, pratiquement plus de meurtres, pratiquement plus d'accidents mortels... Tellement de survivants, tellement de vivants aussi. Et de plus en plus d'oisifs, forcés pour la plupart. Heureusement que les dirigeants arrivaient à les occuper. Jamais l'expression "panem et circensis" n'avait trouvé une meilleure application. Cependant, il restait quand même des problèmes. Le manque d'emplois, le manque de logements, le manque de nourriture. Il fallait trouver une solution...

Et quelqu'un l'a trouvée.

dimanche 4 mars 2007

Chapitre 1

Le 25 Juin 207X

Si j'écris aujourd'hui ce texte, c'est dans l'espoir que quelqu'un le lira un jour. En effet, ce texte est la vérité sur le grand génocide des années 2050. J'ai peur de ne pas survivre encore longtemps et je ne veux pas que la vérité disparaisse.

Je me souviens de ce qui a provoqué et surtout permis tout ca. Bien sur, on ne peut pas dire que tout ne vient pas de là, mais s'il ne fallait retenir qu'un début ce serait celui-là : la révolution de 2005/2006. À l'époque, les medias avaient annoncé la raison officielle des premières émeutes : la mort de deux jeunes de banlieue fin Octobre. La plupart des gens de ma génération se souviennent des incidents qui en ont résulté. Mais bien que le calme soit revenu, le feu couvait encore. Il suffit d'une étincelle pour que les troubles recommencent au printemps. Plusieurs mois après le retour du calme (ou sa réimposition, devrais-je dire), l'Etat mit en place un système permettant de faire en sorte que ces actes ne se répètent jamais.

Bien sur, tout le monde a été surpris par la mesure proposée. Pourtant, l'élection de Nicolas Sarkozy comme Président de la République et son choix de Philippe de Villiers comme Premier Ministre auraient du nous préparer à toutes les lois liberticides. Le fait est que, en quelque mois, non seulement toute la population était fichée, mais en plus, chacun était surveillé et contrôlé dans ses moindres faits et gestes. Cette surveillance était rendue possible par l'installation d'une puce électronique dans la nuque de chacun d'entre nous. Certains ont essayé de résister, mais ils n'étaient qu'une minorité qui fut vite écrasée. Expatriés ou tués par les policiers en "légitime défense", les premiers servirent d'exemples. Les suivants furent moins enthousiastes. Mais la majorité des Français était d'accord avec les "puces". Pour certains, la mise en place du dispositif signifiait la fin du chômage, de même que les grands chantiers américains préconisés par Keynes. Pour d'autres, cela permettait de garantir l'ordre et la sécurité. D'autres encore n'avaient pas conscience de ce que cela signifiait. Forcement. Déjà, une connexion wifi d'un bout d'une pièce à l'autre fonctionnait une fois sur trois. Alors surveiller une personne par ondes, ca ne pouvait pas fonctionner.

Sauf que cela a fonctionné. A la grande surprise du commun des mortels, beaucoup d'enquêtes furent facilitées par ces puces. Plus vraiment besoin de flagrant délit puisqu'il était possible de savoir qui était où à n'importe quelle minute du jour ou de la nuit. Mais personne ne s'inquiéta. Du moins, personne ne dit rien.

Les plus virulents, les plus malins, ceux qui avaient vraiment compris avaient déjà disparu. Il ne restait que les bienheureux inconscients ou les malheureux lâches. Quelques expatriés tentaient d'apprendre au monde ce qui se passait, tentaient de faire prendre conscience aux humains de cette "violation de la liberté". Mais ca ne prenait jamais. Les gouvernements voisins avaient eux aussi vécus des émeutes dans leurs nations et envisageaient de suivre l'exemple de la France. Quant au vulgus pecum : il ne voyait rien. Pas de violence, pas d'appel à l'armée, pas de fraudes aux élections, pas de putsch. Et puis, la France avait toujours été et restait encore le "Pays des Droits de l’Homme". Et petit à petit, les puces s'étendirent. Le Royaume-Uni, d'abord. Puis le Benelux, qui n'était plus qu'une seule nation. L'Allemagne, aussi. Et surtout le Vatican. Apres ces deux derniers, toute l'Europe bascula.

Certains essayèrent encore de résister. Les plus valeureux, les plus indépendants, les plus régionalistes eurent gain de cause. Des "zones libres" furent créées pour eux. Zones de non-droit plutôt. Ces régions étaient bien délimitées. Une fois que ceux qui voulaient vraiment y entrer, et uniquement eux, y étaient, elles étaient complètement fermées. Quasiment hermétiques. Seul lien avec le reste du monde : l'internet. Ces zones étaient soit petites et nombreuses, soit rares et étendues. En France, il y avait le Pays Basque, la Corse, le Finistère et une partie de l'Aubrac. L'extrémité de l'Ecosse et le Connemara pour les iles britanniques. Le nord du Cercle Polaire pour les Scandinaves. La Sibérie bien sur. La Sicile et la pointe de la botte italienne. L'Aragon en Espagne (Aragon qui prit alors le nom d'Occitanie en Exil). Les iles du Danemark, hormis les 2 grandes, bien sur. Dans certains pays, ces zones n'existaient pas. Et pourtant... Ce sont elles qui ont sauvé l'humanité, je pense.

Chaque pays surveillait ses ressortissants de manière ferme mais juste. Les puces et leurs moyens de détections étaient propriétés de l'Etat. Aucun particulier, aucune entreprise n'avait le droit d'utiliser ou même de posséder un seul équipement capable de détecter ou contrôler les puces.