Ame Armée

Le texte qui suit est une fiction qui se deroule dans l'uchronie nommé Valan Universe. Si vous ne voyez pas du tout de quoi je veux parler, vous pouvez lire (et je vous le conseille pour votre comprehension de ce qui va suivre) le fichier pdf intitulé "Meurtre officiel". Le lien vers ce fichier est juste à gauche.

La Grande Boucherie fut le théâtre de nombreuses tragédies. C'est l'une d'entre elles que je veux vous raconter maintenant.


Irina a 30 ans lorsqu'elle reçoit le colis du gouvernement. Comme toutes les autres personnes concernées, elle est très choquée par ce que lui demande son pays. Mais, en lisant la lettre, la jeune femme se sent encore plus malheureuse. Seule sa grande volonté lui permet de ne pas tomber dans les pommes. En effet, le nom qui apparaît sur la missive est celui de l'homme qu'elle aime, de l'homme qui partage sa vie depuis près de cinq ans. Heureusement, lorsqu'elle prend connaissance de sa mission, elle est seule dans son appartement HLM. Personne pour la soutenir dans cette épreuve, mais personne non plus pour la gêner ou l'empêcher de faire ce qu'elle croit devoir faire.
Irina ne se décide pas tout de suite. Elle aussi est atteinte par la Léthargie. Elle aussi erre dans les rues, réfléchissant à une solution. Elle croit en son pays, en son gouvernement. Elle est persuadée que ce qu'on lui demande de faire est pour le bien de l'humanité. Si la cible était une personne inconnue, Irina aurait agi depuis longtemps, sans hésitation ni remords. Mais là, il s'agit de son amour, de l'homme à qui elle aurait tout donné. Maintenant, elle doit choisir : son devoir ou son amour? Son pays ou son homme? Elle ne sait plus ce qu'elle doit faire. Son cœur balance. Les deux options sont aussi importantes pour elle. Tellement importantes que sa raison même oscille. Un mauvais choix et Irina plonge dans la folie. Heureusement, elle prend le temps, elle ne cherche pas à opter tout de suite pour une action ou l'autre. Et enfin, après un long temps de réflexion, elle choisit. Elle sait ce qu'elle va faire.

Mischahil lui aussi a reçu un colis du gouvernement. Et lui aussi a pour cible l'être aimé. Seulement, Mischahil ne se laisse pas faire. Dès la lecture de la lettre, la colère l'envahit. Pendant quelques heures, le jeune homme se laisse aller à la destruction la plus complète. Heureusement, sa colère refroidit vite. Elle existe toujours, mais c'est un bloc de glace. Et il se sert de cette rage comme d'un support. Il ne se laisse pas toucher par la Léthargie. Il se retrouve dans plusieurs évènements, soit seul, soit accompagné. Il se met en embuscade à la sortie des supermarchés et attaque les clients, parfois suivi de comparses. Il a certes peur, mais pas autant que les autres. Et surtout, chaque fois qu'il ressent sa peur, il repense à la colère envers son gouvernement. Sa colère froide qui lui permet de ne pas s'effondrer. Il se place aussi sur le toit des immeubles et tire au hasard sur les passants. Evidemment, il acquiert ainsi une sorte de renommée, surtout qu'il n'est jamais pris sur le fait. Jusqu'à un certain jour. L'attaque de la caserne est en gestation et certains pensent que les talents de stratège de Mischahil seraient des plus utiles. Ce jour-là, à l'insu de la plupart des habitants, la ville est quadrillée par de nombreuses personnes, dans le but de repérer celui qu'il leur faut. Ceux qui ont déjà combattu avec lui le repèrent facilement et lui transmettent l'invitation. Tout se passe en moins de deux minutes et comme sur du velours. Il accepte rapidement et se retrouve à organiser et à participer à cette opération. Il voit là non seulement un moyen de récupérer plus de matériel, mais aussi un exutoire à la rage qui l'anime.


"Et je vais pleurer ta vie que je cueille
Ma patrie me décore pour avoir ta mort"


Le jour de l'attaque, Irina est chez elle, en pleine réflexion. N'ayant pas pu vraiment dormir, comme chaque nuit depuis des semaines, elle est déjà levée et habillée au moment de l'explosion. Elle se précipite alors vers sa fenêtre, juste à temps pour voir son homme entrer dans la caserne avec le groupe d'attaque. Sans même y réfléchir, elle sort de chez elle et se hâte vers les combats, accompagnée de certains de ses voisins. Elle ne cherche pas à combattre, mais plutôt à rejoindre son amour. Son cerveau est tellement embrumé qu'elle ne sait pas si elle y va pour le tuer ou pour le protéger. Un peu des deux. Elle sait que si quelqu'un doit tuer son amant, ce sera elle et elle seule. Mais doit-elle profiter de l'occasion?
Et puis, elle est rapidement envahie par l'exaltation. Elle ne se pose plus de question. Elle n'a plus qu'un but : être avec son homme. Elle le repère facilement et s'intègre à son groupe. En chemin, elle récupère une arme sur le corps d'un militaire malchanceux. Rapidement, elle se retrouve dans l'armurerie avec les autres. Comme eux, elle se charge d'armes. En bandoulière, autour de sa taille, sur ses épaules, dans ses bras. Elle récupère même un casque et un masque à gaz, qu'elle enfile histoire d'être mieux protégée et de pouvoir porter plus de choses. Lorsqu'elle est félicitée par le chef de groupe pour son initiative, elle ne peut que baisser la tête et marmonner. Mais Irina se reprend rapidement, elle finit de se charger et suit les autres. Elle joue des coudes pour se rapprocher du centre du groupe et essayer de se protéger le plus possible des attaques qui pourraient advenir. Ce qui lui permet de s'en sortir sans la moindre égratignure, après s'être assurée que son amant est sain et sauf.

Le jour de l'attaque, Mischahil est en première ligne. Il est un des premiers à entrer dans la caserne. Il est celui qui revendique le premier sang, la première attaque d'homme à homme. Sa haute taille et sa chevelure blonde en font à la fois un repère et un symbole. Bien sur, c'est lui qui mène le groupe vers l'armurerie. Même s'il n'avait pas été le plus qualifié, il n'aurait rien accepté de moins. Et le voilà menant la charge. Rapidement, il se dirige vers l'armurerie, suivi de près par son groupe. Les autres groupes ne l'intéressent pas, ils ne sont que chair à canon, ils ne servent qu'à détourner l'attention des militaires. Dans le bâtiment même, il s'éloigne de son groupe et fouille tout à la recherche d'un objet intéressant. Alors que tout le monde se démène pour en prendre le plus possible, Mischahil privilégie la qualité plutôt que la quantité.
A un moment, il se retourne juste à temps pour voir les membres du groupe se diriger vers la sortie. Il ne reste à l'intérieur qu'une ou deux personnes dont une femme affublée d'un masque à gaz. Mischahil s'approche d'elle et la félicite. "Toi au moins, tu ne t'es pas focalisé sur les armes, tu sais voir plus loin que les autres." Il ne reçoit en réponse qu'un marmonnement étouffé par le masque. De toute façon, il s'est déjà éloigné afin de guider le groupe vers la sortie et la victoire.
Et il les mène. Bien que surpris par les nouveaux arrivés, non prévus, il sait immédiatement comment en tirer partie. Apres tout, ils ajoutent une nouvelle couche au chaos qui a envahi la caserne. Il en profite donc pour s'éloigner sans trop attirer l'attention. Même si la consigne est de partir sans s'arrêter, sans se faire voir, il arrive que les confrontations soient inévitables. Là encore, Mischahil est présent. Et lorsqu'il retraverse le portail de la caserne, il n'est plus le leader blond de l'attaque. Lorsqu'il brandit son poing droit et l'arme qu'il tient, lorsqu'il lève sa tête couronnée d'or et de sang, il devient pour tous ceux qui le voient l'avatar du combat. Ce jour là, ce n'est plus la Liberté qui guide le peuple, c'est vraiment la Violence.


"La guerre réduit les anges
En montres qui dérangent
En habits kakis
Plus rien n'a de prix"


Pendant les jours qui suivent, Irina retombe dans son marasme. Certes, elle sait ce qu'elle va faire, certes elle a tous les outils pour le faire, mais il lui manque le courage. Elle a des hauts et des bas. Des moments où elle se morfond chez elle dans le noir et d'autres où elle ne peut s'empêcher de bouger et de s'activer. Encore une fois, elle balance. Il faut dire que l'ambiance de son immeuble n'est pas des plus calmes. Tout le monde a vu ce jour là entre une silhouette armée et masquée, mais personne ne sait vraiment de qui il s'agit. Du coup, chacun surveille les autres avec plus ou moins de discrétion et plus ou moins de sérénité. Irina elle aussi surveille ses voisins. Non pas par peur de la silhouette en question mais plutôt par peur d'être découverte. Et il n'y a rien pour l'apaiser. Elle n'a aucune nouvelle de son homme. Elle a bien essayé de le joindre, mais sans succès. Elle hésite à aller chez lui. Non, en fait, elle n'hésite pas. Elle cherche le courage. Elle sait que si elle fait la démarche d'aller le voir, elle le tuera. Alors, elle se trouve des excuses et elle attend. Au risque à nouveau de perdre la raison.

Pendant les jours qui suivent, Mischahil ne fait plus rien. Il n'a plus envie. Il ne tire plus au hasard sur les passants, il ne fréquente plus les organisateurs de l'attaque. Il reste chez lui. Et enfin, il pense à la mission qu'il a reçue. Il y réfléchit et se demande enfin ce qu'il va faire. Et il prêt à assassiner la femme qu'il a aimée. L'aime-t-il toujours d'ailleurs? Il se rend compte que depuis qu'il a reçu le colis du gouvernement, il n'a eu aucune nouvelle. Il n'a pas cherché à en avoir et a abandonné tous moyens de communication un peu avant l'épisode de la caserne. Comment savoir si elle est encore en vie, encore chez elle? Qu'est elle devenue, elle qui était si calme, si douce, elle qui contrebalançait la nature violente de son homme? Etait-elle assez équipée pour survivre à ces temps intéressants? Pourquoi n'a-t-il pas pensé à tout ceci avant? Quelle folie a pu s'introduire en lui pour lui faire oublier la femme de sa vie? Il n'y tient plus, il doit savoir. Il s'habille, cache une arme ou deux sous son blouson au cas où et sort de chez lui. Il ira à pied, ça lui permettra de méditer encore un peu.


"A quoi penses-tu beau-gosse?
Dans cette guerre atroce
Elle qui nous unit
en habits kakis"


En arrivant à l'immeuble, Mischahil croise la concierge qui lui ouvre la porte et lui confie les soucis qu'elle se fait pour la jeune fille. Elle lui dit aussi que les fleurs sont une bonne idée.

Au moment où elle entend la sonnette, Irina, en pleine phase d'hyperactivité, est en train de nettoyer une des armes qu'elle a récupérées. Rapidement, elle la glisse sous son pull, à l'arrière de son pantalon et va ouvrir, toute tremblante.

Lorsque la porte s'ouvre, Mischahil arbore un sourire rassurant et brandit le bouquet de roses noires et blanches qu'il a acheté en chemin. Il est heureux de voir sa copine en bonne santé.

Acceptant les fleurs, Irina se calme un peu. Ce n'est pas la police, ni les militaires, ni même une foule hurlante qui vient la chercher. C'est juste son homme, toujours aussi musclé, toujours aussi beau. Elle part vers sa cuisine chercher un vase, comme avant.

Après avoir fermé la porte, Mischahil se retourne pour rejoindre sa mie. Il aperçoit alors accroché à un mur un masque à gaz qu'il reconnaît tout de suite. Il prend alors ses armes et se précipite vers Irina avant qu'elle ne puisse elle-même le tuer. Arrivé dans la cuisine, il lui tire dessus sans hésitation.

L'entendant courir, Irina se retourne, effrayée. A juste titre puisqu'elle a juste le temps de voir les deux colts pointés sur elle avant de sentir six balles lui percer le cœur.

Irina s'effondre, entraînant dans sa chute le vase et le bouquet. Voyant le sang couler et se mêler à l'eau, Mischahil se rend compte de son action. Il pousse alors un hurlement retentissant avant de s'allonger près de sa promise et d'appuyer une dernière fois sur la gâchette, en direction de son propre cœur.

Les voisins les trouveront là, enlacés dans la mort, baignants dans leur sang rouge et couverts de roses noires et blanches.


"Mon corps soudain à terre
Se tord dans cet enfer
Sur moi tu as tiré
Moi qui n'ai pas osé
Quel sanglant présent
De ta part bel amant
Une rivière de diamants
En forme de balles rouges-sang"


Ainsi se finit l'histoire d'Irina et Mischahil, l'une des plus grandes tragédies de la Grande Boucherie


Je suis plutot content de ce texte, pour une fois. Les paroles (ce qui est en italique) sont tirés de la chanson "Ame armée" de la chanteuse Ina Ich. Je vous la recommande. Attention, ca decoiffe. Son site est ICI et son album eponyme est deja sorti.

Commentaires

1. Le dimanche 16 septembre 2007, 23:00 par Fab

Je trouve que le style et l'intrigue sont bons. Il y a des choses qui pourraient etre retravaillees mais ca tient la route. Pas mal du tout!
(Tu dois aimer Orwell, Vernes et Darieussecq, toi!)

2. Le lundi 17 septembre 2007, 09:51 par Nico

Sympa sympa :)
Et ca occupe un tit moment quand on se fait chier au taff ^^ (aller, plus que 7h à occuper...)

3. Le mardi 18 septembre 2007, 18:23 par TarValanion

Fab : Merci. Je sais bien qu'il y a pas mal de choses à ameliorer, mais là, je suis content de moi. Sinon, Orwell, j'ai jamais lu, Darrieussecq, je l'ai decouverte la semaine derniere chez ruquier et son dernier livre m'interessait pas plus que ca et Vernes, je vois pas de qui tu parles. Desolé! :D
Nico : Ouais, c'est un peu long. Mais ca occupe pendant les trajets en metro. ;)

4. Le mardi 18 septembre 2007, 19:53 par orpheus

j'aime toujours autant cette série et ce qu'elle véhicule.
à suivre donc.

5. Le mercredi 19 septembre 2007, 21:04 par TarValanion

Orpheus : Content que ca te plaise. Mais tu n'es pas obligé d'attendre la suite, tu sais que tu peux participer.

6. Le jeudi 20 septembre 2007, 19:47 par orpheus

TarVal : Je sais, on en a déjà parlé d'ailleurs. Le seul hic... c'est le temps ! Je laisse ma contribution dans un coin de ma tête pour le moment.