Chapitre 3

Personne n'a jamais su qui a eu cette idée, personne n'a su si elle vint d'un puissant ou d'un sans-grade. En tout cas, elle a rapidement fait son chemin. Et surtout elle a plu à tous. Aucun gouvernement n'a voulu être à la traine. En six mois, tout était prêt. Le 13 Février 2053, un communiqué fut diffusé sur toutes les chaines de télé, toutes les fréquences de radios, tous les journaux papier du monde. "Une solution a été trouvée pour résoudre le problème de la surpopulation." Déclaration officielle bien sûr mais sans détail.

Et pour cause. Deux semaines après, je recevais chez moi un colis portant le logo du gouvernement central. De la taille de deux boites à chaussures empilées, mais bien plus lourd, ce colis contenait une enveloppe à mon nom et une autre boite métallique à ouverture codée. Curieux, j'ouvris l'enveloppe et lut la lettre que voici.

Gouvernement central d'Europah

Lundi 13 Février 2053

         Monsieur,

        Vous êtes certainement au courant des problèmes que rencontre notre monde à l'heure actuelle. La plupart de ces problèmes peuvent être imputés à une source : la surpopulation.

         Comme annoncé ce jour, nous avons trouvé un moyen de réduire la population. Mais pour cela, nous avons besoin de VOUS! Vous avez été tiré au sort par l'ordinateur central d'Europah. Vous faites partie des 50% de la population ainsi choisie pour effectuer une mission de la plus haute importance. Cette mission est la suivante. Vous devez trouver Roger Matthieu, électricien indépendant à Besançon et utiliser les outils contenus dans la boite ci-jointe pour nous en débarrasser. Le code permettant d'ouvrir la boite est le 42RM39. Toutes les instructions complémentaires et les réponses aux questions que vous pourrez vous poser sont contenues à l'intérieur de cette boite.

         Cordialement,

         Pour le gouvernement central d'Europah,

         Georges Pascalin

Pendant longtemps, je suis resté sans rien faire, la lettre à la main. Que me demandait-on là? Me débarrasser d'un homme? Moi qui me flattais d'être plus intellectuel que manuel et surtout non violent? Mes pensées bouillonnaient. Puis je voulus en savoir plus. J'allais avoir besoin de plus d'information si je voulais comprendre. Posant la lettre sur la table, je sortis la boite métallique du colis et je l'ouvris. Et là, je fus obligé de m'asseoir avant que mes jambes ne m'abandonnent.

La boite s'ouvrait en son milieu. Elle contenait principalement une mousse dans laquelle des emplacements avaient été découpés. Et dans ces emplacements... des armes. Du moins, c'est ce qu'il me semblait à première vue. Un revolver, un couteau qui n'aurait eu sa place que dans la cuisine d'un cannibale, un câble, un petit flacon, un poing américain, une arbalète de poing, bref l'attirail complet du parfait petit assassin. Et une liasse de feuilles. Sans doute les instructions et informations promises.

Je pris les feuilles en main et commençais à lire. Sur la première feuille, les instructions les plus importantes. Et surtout, la règle à ne jamais transgresser : Ne parler de ceci à personne!! Tous les moyens de communication étaient surveillés. Tous les medias censurés. Quiconque essayait de diffuser l'information encourait la peine capitale immédiate. Un seul cas était exempté : Il était possible de tout expliquer à la cible avant la mise à mort. Les règles suivantes étaient simples.

  • Une personne majeure sur deux avait reçu la même boite que moi. Une cible avait été attribuée à chaque personne. Deux choix avaient donc été effectués : un pour choisir les "exécuteurs" et un pour choisir les "cibles". Ces personnes avaient été choisies complètement au hasard par un programme informatique contenu dans les ordinateurs des gouvernements. La population de départ étant quasiment[1] la même, une personne pouvait être à la fois exécuteur et cible.
  • Aucune cible n'était au courant du sort qui l'attendait. Afin de faciliter le travail de l'exécuteur, bien sûr.
  • Les exécuteurs avaient un délai de trois mois pour accomplir leur mission. Au bout de ce délai, si la cible était toujours en vie, l'exécuteur, et l'exécuteur seul, serait puni.
  • Il n'y aurait d'enquête sur aucun homicide commis sur un majeur pendant ces trois mois. Libre à chacun d'utiliser les outils à sa disposition.

J'arrivais à la fin de la première feuille. Je la retournais. Rien sur le verso. Les autres feuilles? Uniquement des informations sur le contenu de la boite et la façon de s'en servir. J'y appris en les survolant que des munitions pour l'arbalète et le revolver ainsi que différents holsters et un mini-pain de plastic se trouvaient sous la mousse. Le reste concernait l'utilisation des armes. Rien de plus concernant la "mission", comme le disait si bien la première feuille.

Je relus tout. Rien de plus qu'à la première lecture... Bien sûr, les textes étaient pleins de non-dits et de vérités déguisées, mais il allait me falloir du temps pour trouver tous les pièges et toutes les ouvertures laissés dans la missive. Je décidais donc d'aller faire un tour à pied. J'allai en profiter pour faire du repérage, au cas où. Annuaire et plan. Où Roger Matthieu habitait il? 3 Rue Max Jacob. Très bien. Je voyais exactement où ca se situait, inutile d'aller voir. Je partais donc vers le centre.


[1] Le meurtre gênant moins les officiels que le suicide, une personne ne pouvait être sa propre cible. Pour chaque choix, la population des cibles était donc égale à celle des exécuteurs, moins l'exécuteur lui-même.

Commentaires

1. Le mardi 20 mars 2007, 00:32 par orpheus

Brrrrr... ça fait froid dans le dos.
Je me demande comment j'aurai réagi si j'avais reçu cela (et pire, si j'avais été une cible...).
Et toi ?

2. Le mardi 20 mars 2007, 06:25 par TarValanion
Aucune cible n'était au courant du sort qui l'attendait. Afin de faciliter le travail de l'exécuteur, bien sûr.
Je ne sais pas comment j'aurais reagi. C'est difficile à dire tant que ca n'arrive pas.
3. Le mardi 20 mars 2007, 08:46 par alain

hé bé j'attends la suite avec impatience!!