Voleur d'ames

Il y a de ça plusieurs années, j'entendais de nombreux personnes se gausser des "peuplades primitives" et de leur approche de la photo. Il était dit que ces peuplades, bien moins évoluées que nous, ne voulaient pas être prises en photo, de peur de voir leur âme capturée. "Hu-hu-hu! Imaginez vous ça, ma chère? Effrayés par un simple appareil photo. Ce sont vraiment des sauvages." Mouais...

J'en connais qui, encore actuellement, ne supportent pas d'être pris en photo. En tant que photographe (très) amateur, je me heurte souvent à des remarques, des questions, voire des agressions.

J'ai souvenir d'une femme qui m'avait agressé verbalement alors que je prenais des photos à la Gare d'Austerlitz. "Qui est-ce que vous visez???" Vous remarquerez déjà le choix du terme. "Viser"... L'appareil photo est une objet d'attaque, une menace qui doit être contrée, contre laquelle on doit (se) protéger. "Lorsque ma réponse a été "Pas vous!", j'ai eu droit à "Mais c'est pareil! Vous n'avez pas le droit de prendre les gens en photos! C'est illégal!" Et cette folle de s'enflammer complètement. J'ai essayé une autre réponse, mais elle ne voulait rien entendre. J'ai rangé mon appareil et je suis allé m'asseoir ailleurs avant de me battre avec elle. Je ne sais pas pourquoi, mais elle m'a rendu fou de rage.

Encore la semaine dernière, j'ai eu un cas du même style. Je me promenais tranquillement en montagne avec Bill quand je vous arriver 3 quads. Un double place et 2 simples. J'étais en train de pique-niquer, je n'ai donc pas sorti l'appareil photo. Par contre, lorsqu'ils sont repassés à coté de nous un peu plus tard, j'ai pris une photo. Je voulais m'en servir pour illustrer un autre texte (à venir). Un peu plus loin, nous rejoignons les adeptes du quad. Le conducteur du double s'approche de moi et me dit : "Oui, je vous ai vu prendre nos plaques en photos. Vous savez, on a le droit d'être là, je suis le président du club de 4x4 de la vallée, on ne conduit que sur les chemins autorisées." etc, etc... Bill était d'accord avec moi, le mec semblait vouloir absolument se justifier. J'ai du le rassurer et lui confirmer que je n'en avais pas après sa plaque, que je prenais en photo l'ensemble et pas uniquement la plaque minéralogique. Je me suis retenu de lui donner mon avis sur ses pratiques en montagne, je n'étais pas là pour me prendre la tête.

Quelque part, ca révèle bien l'égocentrisme des personnes. Tout de suite, c'est "Qu'est-ce que vous me voulez?" Mais peut-être que je te veux rien, à toi. Peut-être que je veux juste une photo de ce magnifique pantalon pour pouvoir me trouver le même. Ou peut-être que je voulais prendre ce magnifique paysage et que tu étais dans le champ à ce moment-là.

Personnellement, je n'aime pas être pris me voir en photo. Je ne comprends pas trop l'intérêt d'avoir ma tête sur une photo. Mais bon, si ca vous fait tant plaisir que ça, je vais pas faire une crise. Et je ne passe pas mon temps à surveiller autour de moi si un objectif est pointé sur moi. De toute façon, prendre une photo, ce n'est pas interdit (sauf cas exceptionnels, genre "secret défense"). Ce qui est interdit, c'est la diffusion de l'image sans l'autorisation des personnes qui est dessus. Et comme je ne compte pas diffuser mes photos, mais juste me faire des albums pour les regarder lorsque ma mémoire sera défaillante (qui a dit "encore plus") sur mes vieux jours.

Si je vois une chose, c'est que j'avais le droit de la voir. Et si j'ai le droit de la voir, j'ai le droit de m'en souvenir, avec ou sans aide-mémoire. Donc, j'ai le droit de prendre une photo.

En outre, je suis un photographe plus que médiocre et mes photos sont ratées plus souvent qu'à leur tour. Les personnes qui sont dessus ne devraient pas vraiment  s'inquiéter, il y a de fortes chances pour qu'elles soient trop floues, pas de face, trop sombres, trop claires, mal cadrées, etc...

j'en parlais quelques jours plus tard avec ma grand-mère qui me disait ne pas rencontrer ce genre de problème. Est-ce parce qu'elle a justement une tête de gentille grand-mère, qui ne penserait pas à mal ou est-ce parce que moi je ressemble à un délinquant qui fera le pire possible avec les photos qu'il prend? Suis-je le seul à rencontrer ce genre de problème?

Commentaires

1. Le mercredi 26 août 2009, 11:04 par Da Scritch

« Pourtant, ça vous gène pas toutes ces caméras, non ? Le Ministère de l'Intérieur vous a demandé votre avis ? Et les satellites de la CIA ? »

2. Le mercredi 26 août 2009, 11:22 par Flo

du haut de mes 5 jours au burkina, les gens sont très sensibles aux photos. surtout quand ce sont des nassaras (hommes blancs) qui les prennent.
il y a les enfants qui se ruent devant toi, qui veulent être pris en photo à tout pris, ou l'inverse les gens qui se fâche violemment quand tu les as pris en photo.
Du coup, pas question de prendre en photo la femme tellement belle et typique du pays qui transporte un plateau de fruit sur sa tête sans son autorisation. Pas question non plus de prendre une boutique en photo sans l'autorisation du patron.
Il faut faire attention, certains du groupe ont eu des problèmes lors de leurs précédents séjours.

3. Le mercredi 26 août 2009, 14:57 par Thomas

Alors, moi, dès qu'une personne me dit qu'il ne veut pas apparaître sur ma photo (et j'en connais, rien qu'au TC ^^), je me fais un plaisir de mitrailler, uhu.
Sinon, chaque année, quand on part au festival d'Angoulême avec Da Scritch, je garde toujours l'appareil photo tout près, au cas où un abruti nous colle de trop près derrière, et là, paf, un bon flash dans la face. Essayez ça chez vous, ça fonctionne, le véhicule en question se met bizarrement à respecter les distances de sécurité.

4. Le jeudi 27 août 2009, 02:02 par brol

Ne parle-ton pas de "shooting" quand on prend des photos ? Tu avoueras que le terme n'a rien de paisible...

Pour ma part, je déteste voir ma bobine en photo. Et si j'insiste un peu au TC c'est surtout pour préserver l'anonymat de mon blog (pas trop envie que mes connaissances ou parents tombent sur ma tronche puis remonte le fil des liens jusqu'à mon domaine privé.
Tant qu'il n'est question que de garder ma tête pour un usage privé (y a quand même des malades ;-) ), ça ne me dérange pas ; dès qu'il s'agit de publier je suis contre. Comme rien ne m'assure que ma demande de non publication ne sera pas oubliée un jour, j'aime autant ne pas être pris en photo du tout...

Tu peux évidemment opposer à ce type de demande le droit à l'image et ainsi t'en contre foutre... Mais je trouverai ça bien curieux que tu aies un droit et dans le même temps les autres aucun.

5. Le jeudi 27 août 2009, 08:27 par TarValanion

Da Scritch : J'aime beaucoup, je m'en resservirai à l'occasion.
Flo : Mes parents ont rencontré le même genre de réaction en allant au Maroc. Le fait est que je parle dans mon billet de principalement de notre civilisation et plus particulièrement de la France.
Thomas : T'as pas peur de tomber un jour sur de vrais flics en voiture banalisée?
Brol : Mon pauvre, tu n'as rien compris à ce que je raconte dans le billet... Et tu n'as rien compris à ce que je suis, non plus.

6. Le jeudi 27 août 2009, 08:27 par gilda

@Flo : concernant le Burkina Faso, je peux dire qu'il y a une vingtaine d'années, du temps du gouvernement précédent, prendre des photos dans la rue (sauf je suppose si photographe assermenté) était purement et simplement interdit et nassaras ou pas (voire même, surtout si), on risquait si de la maréchaussée locale passait par là, de se faire embarquer au poste et tout confisquer.
Le souvenir de cette période rend peut-être dans ce pays plus qu'ailleurs, compliqué le rapport à l'image prise.

@Tarvalanion : En tant que photographe, j'ai déjà rencontré toutes les réactions possibles, de ceux qui réclament qu'on les prennent à ceux qui engueulent ... alors qu'on ne les prenait pas. Les histoires de droits à l'image des gens qui ont un brin de notoriété et souhaitent le monnayer ou n'en ont pas et aimeraient bien, ont brouillé les cartes, mais en fait dés lors qu'on est dans un lieu public où les photos sont autorisées (attention : ce n'est pas le cas dans les gares) et qu'il s'agit de plan d'ensemble (évidemment si tu viens de coller avec ton objectif sous le nez même des gens, ça va pas), on a parfaitement le droit de prendre qui et ce qu'on veut. Et sans avoir à se justifier.
En revanche concernant la publication ultérieure éventuelle il y a quelques subtilités (par exemple si c'est pour faire ensuite la une d'un grand magazine ;-)).

Je suis toujours étonnée par la capacité des gens à se croire au centre de tout. Les râleurs dans mon cas sont presque toujours ceux que je n'avais même pas "calculés" et je me suis une fois entendue rétorquer (c'était vrai) ben en fait j'espérais que vous alliez bouger mais comme vous partiez pas j'ai pris la photo quand même, en me retenant pour ne pas ajouter, En espérant que vous n'alliez pas trop la gâcher.

Il m'arrive assez souvent de demander d'un signe, surtout de nos jours dans certains quartiers (à cause de la traque aux sans-papiers).
Et puis il y a aussi les cons fiers, que dés lors que tu leur dit que c'est pour un magazine (après tout je bosse pour un webzine, tout ce qu'il y a de plus pignon sur net), et alors que s'ils tenaient à défendre leur droit à l'image c'est précisément là qu'ils devraient dire non, se sentent flattés et disent du coup oh mais bien sûr.

Enfin, il y a bien longtemps que j'ai renoncé à ce que ma trombine ne traîne pas un peu n'importe où ;-). Dés lors qu'on participe à différents événements, qu'on sort, qu'on est actifs, c'est presque inévitable. De toutes façons en vivant en ville je suis filmée un nombre incalculable de fois par jour alors je ne vais pas aller m'en prendre au gars du coin de la rue qui tient son appareil ou à la camarade de stage qui s'en improvise photographe (http://picasaweb.google.be/moreaudo...). Le ridicule ne tue pas.

Enfin (bis) : Ça tombe que quelques personnes qui seraient en droit d'émettre des réserves puisqu'elles ont des métiers qui les exposent au monde, m'ont toutes dit, C'est ta photo, c'est ton travail, tu es libre d'en faire ce que tu veux.
(http://gilda.typepad.com/traces_et_... ou par exemple là http://www.flickr.com/photos/gilda_...).

Bref, ne t'en fait pas trop et ne te laisse pas affecter par les râleurs (qui de toutes façons aiment râler, c'est juste qu'il leur faut trouver un sujet).

7. Le jeudi 27 août 2009, 08:29 par gilda

PS : Au lieu de "en tant que photographe" j'aurais dû écrire "quand je prends des photos" parce que là ça fait un peu comme si pro alors que pas. Je voulais dire, dans les moments où je suis photographe.

8. Le jeudi 27 août 2009, 12:55 par brol

Je parle d'un point de vue général pas de ton action de photographe au TC en particulier (à dire vrai, je répondais plus à Thomas).
Quant à ton interprétation du droit à l'image, "mon pauvre", tu te plantes en beauté... Ce n'est pas parce que tu peux voir quelque chose que ce quelque chose peut t'appartenir et l'immortaliser pour ton propre usage. Essaie de photographier la Joconde et on en reparle.
Ceci étant, je suis d'accord avec toi, j'ai moi aussi lu sur ton blog un commentaire hyper con.

9. Le vendredi 28 août 2009, 10:59 par enflammee

C'est pour ça que je « mitraille » nos boules de poils, on ne leur demande pas d'avis ;)

Sérieusement, un ancien camarade du lycée a eu la super idée de diffuser les photos de classe (donc un plan d'ensemble) et je suis reconnaissable. Grr, ça me fait grogner.

10. Le samedi 29 août 2009, 10:21 par TarValanion

Gilda : Merci de ton point de vue. C'est super interessant!
Enflammée : Tu parles d'un mec qui diffuse des photos qu'il n'a pas prises alors que je parle justement des photos que je prends et que je ne diffuse jamais. Comprends bien que je fais l'inverse de ce qu'il fait.

11. Le samedi 29 août 2009, 11:17 par myrtille

Arrghh !

(SI, le ridicule tue. Je suis d'ailleurs déjà au plus mal...)

12. Le dimanche 6 septembre 2009, 13:59 par orpheus

C'est aussi pouquoi je limite mes clichés aux "inanimés". J'ai le chic pour attirer ce genre de réactions. A la longue, ça gave.