Peur

Samedi dernier, pendant que j'etais au ciné, Bill lisait mon compte-rendu de vacances dans le nord-est. Et forcement quand il m'a rejoint, il n'a pas pu s'empecher de me faire une remarque sur ma peur des forets. Alors avant que Bill, ou plutot Wizmaster (aussi present lors de la discussion), ne s'empare de ce sujet, je m'en vais le developper ici moi-meme, tel que je le ressens

Effectivement, à moins que mon esprit ne soit occupé par autre chose, je flippe en foret. Mais pas uniquement en foret. Cette peur peut aussi m'arriver dans les endroits civilisés. En fait, pour peu que l'espace soit etendu et/ou vide, je stresse. A moins qu'il y ait quelqu'un d'autre dans cet espace; une personne définie et dans mon champ de perception. Par exemple, le terrain vague chemin qui separe mon appart de la station de metro. Quand il n'y a personne dans les alentours, j'essaye à la fois de surveiller du regard les 360° qui m'entourent tout en ayant l'air de ne pas m'inquieter et d'aller de l'avant comme si de rien n'etait. C'est tres difficile à faire. Mais si je croise une voisine, un eleve du CFA d'a coté ou autre, ca va. Je vois ce qu'il y a derriere lui et vice-versa. Pas d'inquietude à avoir. C'est pareil quand je rentre chez moi le soir et que je dois parcourir le couloir entre l'escalier et la porte de mon bureau. Ceci dit, les couloirs, eux, ne m'inquietent que la nuit.

Pourtant, ce n'est pas la peur du noir, puisque je peux me deplacer la nuit sans probleme, naviguer dans mon appart toutes lumieres eteintes. C'est juste que la nuit est un facteur aggravant. En fait, ce qui me fait peur, c'est ce que je ne vois pas, ce que j'imagine. La nuit, en ville, je n'ai pas peur de me faire agresser par une bande de racailles ou un voleur isolé. Ce sont des choses tangibles contre lesquelles je pourrais me defendre. (Ou pas...) J'ai en fait peur de ce qui n'est pas là, de ce qui normalement ne peut pas etre là : ame en peine (et assimilés), araignées geantes, dame blanche, yeux brillants à la fenetre, monstres, etc...

Mais le pire reste la foret la nuit. La foret, c'est vraiment le truc le plus eloignée que je connaisse de mon portable posé sur la couette avec MSN en tache de fond. La foret, c'est grand, c'est rempli de betes, c'est pas civilisé, c'est plein de cachettes et de bruits, c'est vide et ca laisse trop de place à l'imagination. En plein jour, ca reste encore supportable, mais dans l'obscurité, quand le brouillard se leve, c'est affreux. L'autre soir, j'etais en voiture avec Bill, entre chez ses parents et chez mon oncle. Petite route, foret de tous les cotés, nuit noire, nappes de brouillards. Et là, meme si Bill me parlait de choses et d'autres, ce qui me permet en general de ne pas penser à ce qu'il y a autour, ben j'etais pas tres fier, pour tout dire.

Et le truc à ne pas faire, normalement, c'est commencer à regarder dans le retro ou à tourner la tete pour surveiller les alentours. Ca devient pire. Parce que forcement, si je regarde derriere moi, je ne vois plus ce que j'ai devant. Et qui sait, si justement, l'attaque ne va pas venir de là à ce moment là. Ou peut-etre du coté gauche. Ou de droite. Non, c'est devant! Derriere! Là, derriere le coin, un truc qui bouge! Et là à droite une forme bizarre! Bref, une fois qu'on commence à vouloir regarder partout, c'est fini, c'est exponentiel. On veut tout voir en meme temps, on s'affole.
Non, dans ce cas là, on regarde devant. Les autres sens sont en alerte. L'ouïe principalement, mais aussi le toucher et l'odorat. Exterieurement semble calme et relaxé, mais etre interieurement à l'affut et pret à tout.

Il y a 15 jours, j'etais dans la maison de mes parents. Tout seul, vu que Bill m'avait laissé tomber, que mes parents etaient au Maroc et la locataire du dessous, je ne sais où. Le lotissement de mes parents, on va dire que c'est pas la place du Capitole un samedi soir. Bien au contraire. C'est un endroit paumé, à flanc de montagne et s'il n'y a pas de forets derriere, c'est parce que la terre est trop faible pour donner naissance à autre chose que de l'herbe et du buis. Et la maison est remplie de fenetres. De fenetres, de portes, d'ouvertures, d'escaliers, d'etages, de recoins. Bref, remplie de cachettes. J'ai passé deux nuits là-bas. Dans une seule piece, dont j'avais obstrué toutes les fenetres à coups de rideaux et de stores.

Un peu avant nos vacances, Bill a voulu regarder à la télé une soiré de TFHaine speciale 50 grands mysteres. Des mysteres qui vont de la femme guerie par le pape à la dame blanche en passant par la piece tout en haut d'une tour où une jeune femme est morte un soir en laissant sur le sol une tache en forme de corps humain et dont on voit l'ombre passer devant la fenetre de temps en temps. Un peu comme la fameuse emission "Mysteres" qui passait au debut des années 90. J'ai essayé de faire abstraction du poste toute la soirée de me concentrer yeux et oreilles sur Wow, mais rien n'a fait, j'ai quand même vu et entendu la plupart des "reportages"... Une année, j'etais allé voir au cinema "Promenons nous dans les bois". Je n'ai pas pu rester jusqu'au bout. Dans ce film, quasiment tout est suggéré. On ne voit rien. A part cinq jeunes, un costume de loup et un aristocrate au regard de fou. Là encore, le retour à ma chambre avait été difficile. Je ne vous parle meme pas du lapin de Donnie Darko, qui apparait et disparait quand bon lui semble. Par contre, Resident Evil ne m'a pas derangé. J'ai sursauté à chaque claquement, comme on sursaute quand un collegue vous fait "bouh" dans le dos. Mais je n'ai pas eu peur. Dans ce film là, on voit les zombies, on voit les monstres. Tout est dit et montré. Il n'y a aucune place laissé à l'imagination.
Mais le reste... Les questions, les non-expliqués, ce qui reste en suspens. C'est affreux.

Je n'ai pas peur d'avoir peur, je n'ai pas peur d'etre licencié, je n'ai pas peur en voiture, je n'ai pas peur d'etre agressé. Meme une diminution de nos libertés ne me fait pas peur. Tout ca, c'est trop tangible, trop facile à toucher du doigt, trop possible, trop raisonnable (qu'on peut raisonner). Ce qui me fait peur, c'est l'imaginable, le non-raisonnable, le caché, l'intangible. C'est idiot, mais c'est comme ca.

J'ecris ce billet depuis le boulot. Il fait nuit et il va me falloir monter l'escalier et traverser le couloir de chez moi. Ce sera ma petite epreuve de la soirée.

Commentaires

1. Le mercredi 14 novembre 2007, 22:24 par Wizmaster

Qu'est ce qu'on a pu te charrier avec ça :Þ

2. Le mercredi 14 novembre 2007, 22:35 par orpheus

Attention ! TarVal' !
Derrière toi !
Booooh !
:-D

3. Le jeudi 15 novembre 2007, 08:43 par lancelot

Au départ, j'aurais eu tendance à te dire que c'est de l'agoraphobie, mais ça m'a l'air bien plus compliqué que ça. "peur de ce qu'on ne connaît pas"... Y a sûrement un terme psy plus élégant que 'inconnuphobie"... Je comprends bien que ça doit être handicapant.
Moi je RAFFOLAIS de 'Mystères' dans les années 90 justement. L'inconnu ne m'effraie pas. Je suis à l'opposé de toi. J'ai peur de ce qui est menaçant ET tangible. Le chômage, les agressions, etc.

4. Le jeudi 15 novembre 2007, 11:25 par Flo

j'ai eu un bon coup de flip hier, quan j'ai été voir Khey' à purpan.
Ne connaissant rien à ce lieu, j'ai demandé mon chemin. et on m'a appelé une navette. super sympa.
sauf que je me suis retrouvée seule dans une camionette, de nuit, dans un centre hopitalier quasi désert avec un chauffeur qui aurait largement pu être un psycopathe.
il ne s'est rien passé, m'enfin hein, j'ai un peu balisé.
l'inconnu ne m'effraye pas, je suis assez rationnelle. j'ai peur d'une vraie petite araignée. pas d'en trouver une géante sous mon lit :)

5. Le jeudi 15 novembre 2007, 13:24 par une abeille

Franchement, je me reconnais dans tout ce que tu as décrit.
"En fait, ce qui me fait peur, c'est ce que je ne vois pas, ce que j'imagine."
"Ce qui me fait peur, c'est l'imaginable, le non-raisonnable, le caché, l'intangible.
C'est idiot, mais c'est comme ca."
Voilà, moi tout pareil.
Amtyville est un film que j'avais beaucoup aimé, mais alors les yeux derrière la fenêtre quand la maman surprend sa fillette en train de discuter avec la petite fille "esprit" ... brrr je les vois encore, et je les "vois" souvent dans des endroits vides.
Tu peux dormir la fenêtre ouverte ou une porte de placard ouverte ? Moi pas ....

PS : c'est le premier commentaire que je laisse sur ton blog, mais je le lis depuis un certain temps ...... :)

6. Le jeudi 15 novembre 2007, 15:50 par Ziggy

Pauvre Tarval... on a dû t'en raconter des histoires à dormir debout quand t'étais gosse pour que tu te tiennes tranquille et voilà le résutat ! On dit qu'une bonne thérapie pour ces trucs-là c'est de se retrouver en situation pour de vrai : je crois que si tu te faisais prendre par un ogre par derrière et par surprise ça pourrait te guérir définitivement...

PS moi aussi c'est mon premier comm et je lis depuis qq temps.

7. Le jeudi 15 novembre 2007, 18:52 par TarValanion

Wizmaster : Oui, oui, vous vous etes bien amusé. Mais il faut bien que jeunesse se passe.
Orpheus : Haha haha haha
Lancelot : Je suis aussi sujet à l'agoraphobie... Mais à ce niveau-là, je m'ameliore
Flo : Oui, Khey m'en a parlé tout à l'heure.
Une abeille : En general, quand je dors, je ferme toutes les ouvertures : placards, portes, fenetres, etc... Mais depuis que je partage mon lit, j'arrive à laisser la porte de la penderie ouverte. Et c'est sympa de commenter, comme tu vois, je reponds.
Ziggy : Ben, j'ai pas souvenir d'histoires effrayantes quand j'etais petit, en fait. Et je suis assez exigeant au niveau de ceux qui me prennent par derriere.

8. Le jeudi 15 novembre 2007, 21:36 par alain

On a tous plus ou moins peur dans des situations où on ne maîtrise pas et dans une forêt dans la nuit noire c'est flippant.çà m'est arrivé de me retrouver la nuit dans un bois que je connaissais parfaitement ben j'en menais pas large. D'ailleurs je me suis cassé la gueule!!

9. Le jeudi 15 novembre 2007, 23:22 par Saperli

j'ai eu ce genre de craintes assez longtemps, avec en plus une voisine qui avait toujours à me raconter des manifetations de l'invisible dont elle avait été témoin. Eh bien je me suis persuadée que rien n'arriverait si je ne voulais pas que ça arrive et finalement, en vieillissant, c'est passé. Je vis seule la plupart du temps dans un endroit assez isolé, le cimetière étant mon plus proche voisin... et je suis bien tranquille

10. Le vendredi 16 novembre 2007, 13:06 par une abeille

Oui, oui, tu réponds, je sais :D (mon problème est que je suis bavarde, si je commence à parler, je ne vais plus m'arrêter ...;) )
Même depuis que je ne suis plus seule dans mon lit, je ne peux pas dormir la fenêtre ouverte, sinon c'est crise cardiaque pour mon mari, je fais des cauchemars et je hurle .... :( La penderie, à la limite, je supporte ...
Et si ça peut te rassurer, je confirme les propos de Saperli, ça finit par s'arranger avec le temps .... un peu ... Par exemple, quand je sors de ma voiture devant chez moi, pour aller jusqu'à la porte d'entrée (4m) , je ne crie plus pour cacher le silence .....

11. Le vendredi 16 novembre 2007, 20:29 par TarValanion

alain : J'espere que tu t'es pas fait trop mal.
Saperli : C'est sur que les voisins sont pas bruyants dans ton cas! :D
Une abeille : Moi, le mien, je peux me reveiller en pleine nuit apres un cauchemar, il s'en fout, il dort.  Et pour le silence, j'ai un iPod. ;)

12. Le jeudi 10 janvier 2008, 19:48 par titima

je vis exactement la meme chose et mon blem c que mon cheri va e laisser 4mois seule a la maison parcequ'il part pour une mission a l'étranger que vais je bien pouvoir faire

13. Le mercredi 6 février 2008, 20:58 par evago

Bonjour, je viens de tomber sur ce post par hasard. Je me retrouve dans ce que tu dis mais c'est pire pour moi. Par exemple j'ai du mal à me deplacer la nuit dans ma maison (meme si mon homme est là) de peur de voir une ombre, un reflet dans une fenetre ou un miroir, du mal en journée si je suis seule à la maison avec les enfants a aller dans le grenier etc... Enfin voilà et j'en ai marre de vivre avec ça et avec quelqu'un n'y comprend rien et s'en moque.