Fiction sur ce qui est rendu

Imaginons...

Imaginons qu'un jour je vole une Ferrari. Oh, pas par effraction, hein. Mais bon, j'avais les clefs, elle trainait par là, personne ne semblait s'en occuper. Je me suis dit, c'est l'occasion. J'ai démarré et j'ai ramené la Ferrari chez moi. Personne n'a rien vu, personne ne sait rien. Ou alors ceux qui savent ne disent rien.

Quelques mois, je ressors cette Ferrari de mon garage et je m'en sers. Elle roule super bien, elle est magnifique. Je drague à mort avec ça. Et puis, c'est quand même hyper pratique pour se déplacer. Ça économise mes propres voitures.

Mais un beau jour, catastrophe. Quelqu'un se rend compte qu'il manque une Ferrari. Et que moi j'ai une Ferrari qui correspond exactement à celle qui a disparu. Et que j'avais justement un accès à celle qui a disparu. Alors forcement, armé de toutes ces preuves, quelqu'un porte plainte et entame une procédure judiciaire. Je risque de me retrouver devant les tribunaux, voire en prison. (Horreur!!)

Alors, pour éviter tout ça, je vais voir la personne qui a porté plainte et je lui dis en substance, au vu et au su de tous : "Écoute, on va faire un marché. Je rends la Ferrari et tu retires ta plainte. Ça te va?" Et ca lui va!! Moi je n'ai plus de Ferrari, mais je continue ma vie normale. Et la Ferrari est revenu à son véritable propriétaire. Tout le monde est content.

Tout le monde est content? Ça m'étonnerait. Je pense que la plupart des gens avec un sens de la justice et de la moralité ne sont pas contents de la situation décrite ci-dessus. Depuis quand un voleur peut-il échapper à des poursuites juste en restituant son larcin quelques années plus tard?

Apparemment, c'est possible en France (pour certains) depuis la semaine dernière. Parce que même si la petit fable écrite ci-dessus est une pure fiction, elle est quand même largement inspiré de l'actualité. Et ca m'énerve royalement. Pas vous?

Commentaires

1. Le vendredi 1 octobre 2010, 14:31 par l'âne-aux-nîmes

moi ça m'énerve que la propagande de la droite sarkozyste soit arrivé à faire croire que seule l'indemnisation des victimes avait un sens en matière pénale: alors il faut le hurler fort, les victimes ne sont pas partie au procès pénal, le procès pénal il est intenté par la société, qui est lésée par l'infraction commise, à l'auteur présumé de cette infraction, il n'est pas intenté par les victimes...allons plus loin, quand il y a un homicide, la victime c'est la société et pas la famille de la personne décédée...Ce qui se règle entre la famille du mort et la personne responsable de cette mort, c'est l'indemnisation des dommages: il n'y a JAMAIS de prison entre l'auteur de faits et la victime de ces faits mais seulement de l'argent...et les deux procédures, pénale entre la société et le criminel, civile entre l'auteur des faits et ceux qui subissent des dommages en raison des ces faits, sont totalement disjointes.
Pour reprendre ton apologue, tu peux bien restituer son bien à celui à qui tu l'as volé, tu peux même lui offrir de l'iindemniser pour le préjudice qu'il a subi en ne pouvant pas jouir de sa voiture pendant que tu en avais toi l'usage, tu peux bien faire tout ça...et bien ça n'a rien à voir avec le fait que la société, le peuple français au nom de qui est rendue la justice, continue lui de réclamer justice parce qu'emprunter une ferrari sans l'accord de son propriétaire c'est un délit pénal et qu'il doit être puni quand bien même la victime aurait été indemniséé, aurait recouvré son bien et aurait de ce fait même retiré sa plainte...

Dans l'affaire que tu vises clairement, la transaction intervenue entre l'auteur présumé des faits et le représentant de sa victime ne change strictement rien au fait que le dit auteur présumé des fait est poursuivi au plan pénal et qu'un procès pénal aura lieu devant le tribunal correctionnel compétent. Ce qui devrait faire hurler c'est que le procureur de la république demande la relaxe dudit auteur présumé des faits alors que précisément la présomption d'innocence en prend un grand coup quand l'auteur présumé des faits accepte d'indemniser la victime. Il faut donc remercier la victime d'être parvenue à faire admettre sa responsabilité par l'auteur présumé des faits. Maintenant qu'il est responsable (parce qu'il indemnise), il faut souhaiter qu'il soit en plus coupable (parce qu'un tribunal le condamnera au nom du peuple français).

Désolé d'être aussi long, mais ça m'agace tellement qu'on écrive des âneries (et pas que sur ce blog)

2. Le vendredi 1 octobre 2010, 15:45 par Gouli

Que vous soyez puissant ou misérable ....

3. Le vendredi 1 octobre 2010, 17:49 par Tambour Major

Celui qui mangeait des pommes sait éviter les pépins... Et nous le trognons on se le carre où ?

4. Le vendredi 1 octobre 2010, 18:44 par Khey

moi, ça me choque tout simplement, mais en France, tout est possible ... Vraiment tout ... la preuve !!!

5. Le samedi 2 octobre 2010, 17:40 par orpheus

La seule chose dans cette histoire que je ne trouve pas abjecte au niveau de la justice est le comportement du Maire de Paris. Avoir choisi un "accord" lui permet de faire rentrer des fonds dans les caisses de la ville, plutôt qu'un hypothétique jugement (même pas certain qu'il soit reconnu coupable en plus) à la Saint Glin-glin. Non, je ne lui en veut pas plus que ça. Et pourtant, le procédé du je-rembourse-donc-j'ai-rien-fait est à vomir. Il y a quelques années, le même parti nous gavait avec la "Tolérance Zero" : Encore une fois, pour les autres donc...

6. Le dimanche 3 octobre 2010, 13:40 par Axel

Mea culpa... Non, cela ne me choque pas.
Et même, pour tout dire, je n'aimerais pas du tout que la justice vienne s'en mêler si j'avais récupéré ma Ferrari et accepté de retirer ma plainte...
Je crois même (dans d'autres affaires pénales) que je ne trouve pas très normal au fond de mon coeur que l'on soit condamné quand la victime elle-même a publiquement pardonné...

7. Le mardi 5 octobre 2010, 15:00 par Ariel Peyre (Steelä R.I.P.)

Hep ! Hep ! Moi aussi j'avais une Ferrari ! Mais un jour, on me l'a piquée :(

Le pire, c'est que j'ai appris que le type qui me l'avait volée, ben, il a eu un accident de la route, et figurez-vous qu'il a écrasé notre Johnny Hallyday national ! Paf ! Mort sur le coup l'artiste !
Et ben vous savez quoi ? La police est venue m'arrêter parce que c'était ma voiture qui avait écrasé Johnny, et elle m'a menacé de m'envoyer en prison ! Je leur ai pourtant expliqué qu'on m'avait piqué ma voiture, que c'était pas moi ! Après tout, une voiture, quand on sait y faire ça se démarre. Mais rien à faire : ils m'ont dit :
- Ta ta ta ta mon bon monsieur ! Défaut de sécurisation du démarreur de votre voiture ! Z'avez intérêt à faire modifier votre Ferrari, parce que la prochaine fois, c'est la zonzon !
- Hein? C'est fort de café quand même... Mais admettons, comment je fais pour sécuriser ma Ferrari moi?
- Ah ça, j'veux pas l'savoir, débrouillez vous !

Aujourd'hui, le wifi de ma freebox est toujours protégé en WEP (oui, je sais, mais je joue en ligne avec ma DS qui ne tolère que ça), ma porte n'est pas blindée, il n'y a pas de barreaux à ma fenêtre, et ma Clio se démarre avec un tournevis, et un coup de coude dans le vitrage de la fenêtre qui n'est pas armé...

Pour Hadopi, je suis un délinquant en puissance.

Bon, pour ce qui est du cas Chichi (c'est bien de lui qu'on parle dans le billet hein?), j'aurais tendance aussi à ne pas être choqué par la chose sur le fond.
Que l'on puisse régler les litiges civils sans passer nécessairement devant un juge me paraît plus que normal.
Pour ce qui est des litiges mettant en jeu des fonds publics, j'y ajouterais une obligation de publicité des justifications de la résolution du litige (publicité proportionnelle à la hauteur du litige concerné évidemment), histoire que tout ceux concernés sachent qu'il n'y a pas eu magouille. (Dans le cas contraire de toute manière, rien n'empêche un contribuable concerné de se porter partie civile, j'imagine...)
Pour le reste, c'est plutôt la déclaration de M. Courroye le bien nommé qui requiert le non lieu sur le plan pénal qui m'a tristement amusée. (Je suis un peu du même avis que l'âne-aux-nîmes quoi)

8. Le vendredi 8 octobre 2010, 17:00 par TarValanion

L'âne-aux-nîmes : Merci pour ce long et instructif commentaire. J'avais effectivement oublié la nuance pénal / civil. Ceci dit, je reste sceptique sur la condamnation, qu'elle soit civile ou pénale, dans l'affaire évoquée ici. J'en veux pour preuve le non-lieu requis cette semaine dans l'affaire de Nanterre.
Gouli : Dans un monde idéal, peut-être.
Tambour Major : Et encore, s'il n'y avait que celui qui savait manger des pommes. Je pense que des trognons, on va en avoir beaucoup.
Khey : Pas qu'en France, je pense. On le voit parce qu'on y est, mais je pense que c'est pareil ailleurs.
Orpheus : Oui, la Mairie a effectivement bien joué, pour se faire rembourser.
Axel : Eh ben... Si je comprends bien, une fois que la victime a pardonné, l'État ne devrait plus pouvoir s'en mêler? Là, ca me gêne un peu, quand même.
Ariel : Ah oui, j'avais oublié cette histoire de sécurisation! Belle analogie!