Mon identité nationale

Il est temps que j'écrive ce billet. Il trotte dans ma tête depuis déjà plusieurs semaines, suite à diverses actions de notre gouvernement et de ses membres. Depuis ces actions, je m'interroge. Suis-je français? Est-ce que je me ressens vraiment français? Et puis d'abord, c'est quoi "être français" pour moi?

(Alors bien sûr, d'autres personnes, d'autres bloggeurs, se sont posés la question. Des articles fleurissent un peu partout sur le net. Une bonne partie sera écrite par des gens plus intelligents que moi. Mais là, c'est ma propre réflexion. Je l'écris non seulement pour qu'elle soit lue, mais aussi pour me forcer à y réfléchir. (Ça risque être un peu décousu.))

Déjà, il faut savoir que à aucun moment dans ma vie  je ne me suis dit "Je suis français". J'ai pu reconnaitre avoir la nationalité française, mais je me dis que ce n'est pas vraiment la même chose. Il y a des gens qui ont la nationalité française, mais qui ne devraient pas avoir le droit de se dire français. Et d'autres qui n'auront jamais la nationalité française mais qui ont toutes les caractéristiques pour être français.

Du coup, il y a deux questions à se poser. "Comment est-on français" et "comment a-t-on la nationalité française". Je pense que ça rejoint un peu la différenciation faite par Virgile sur le coté politique et le coté social de la question.

La nationalité française est une affaire de lois. C'est une caractéristique bien définie, dépendante de cas précis et particuliers : Le droit du sang, le droit du sol, le mariage, etc... Ces cas n'ont pas toujours été les mêmes, en fonction des ages. A notre époque encore, ils semblent assez fragiles et sujets à des changements un peu radicaux. Des nationalités qu'on croyait acquises disparaissent comme neige au soleil. Il n'y a qu'à relire l'histoire de Tatiana de Rosnay. Mais en théorie, tout ça est bien définie. Les lois sont les lois et on peut se reposer dessus.

Par contre, le fait d'être français ne repose sur aucune loi. C'est plus un état d'esprit, je pense. Pour moi, la définition du français date du XVIIIeme siècle. Un mélange du siècle des Lumières et de la Révolution. Un mélange entre Voltaire, Diderot et les révolutionnaires. Une adhésion à plusieurs concepts importants : la Démocratie, la Paix, la Culture, la Liberté, l'Égalité et la Fraternité. En ajoutant une dose de rébellion et de méfiance envers l'Autorité. En fait, en écrivant ça, je me dis que cette liste pourrait être une définition du terrien, et pas uniquement du français. Mais bon, quelque part


(Pouf, pouf. Oui, la phrase ci-dessus n'est pas terminée. j'avais essayé d'écrire ce billet depuis le boulot, mais j'étais sans cesse interrompu par le téléphone ce qui n'aide pas. Là, je suis chez moi, posé et je peux écrire en réfléchissant.)

A la base, si je me suis posé la question d'être français, ce n'était pas vraiment suite à mon rapport à la France ou aux autres français en général. C'était par rapport à notre gouvernement actuel. La véritable question, c'était plutôt : "est-ce que je veux vraiment faire partie d'un pays dirigé par ces gens là?"

Est-ce que je crois vraiment que mon pays, celui que je prenais pour les Droits de l'Homme, peut être gouverné par des gens qui mentent, qui ne pensent qu'à leur profit, qu'à eux-mêmes? Est-ce que nous pouvons encore nous valoriser de la devise de notre Nation?

Je ne le crois pas.

Quand je vois qu'il existe un ministère de l'identité nationale, je n'y crois plus. Quand je vois que l'on renvoie des gens sans le sou dans un pays en guerre sans aucune hésitation, je n'y crois plus. Quand j'entends les dérives racistes ou homophobes des ministres ou députés, je n'y crois plus. Quand je vois qu'on dépense 245 000 euros pour une douche pendant 4h alors que des gens n'ont pas assez pour vivre, je n'y crois plus. Quand je vois surtout que les hauts placés se disputent pour savoir si le cout concerne juste la douche ou alors la douche et les bureaux autour, je me dis qu'il y a une différence de réalité. La réalité des ces gens haut placés ne doit pas être la même que la mienne ou que celle des gens plus démunis que moi (et il y en a). Quand des gens hauts placés censés représenter le peuple ne sont pas au fait de la vie des gens qu'ils représentent, je ne crois plus à notre devise. Quand je vois qu'on double un salaire déjà exorbitant alors que le pays entier est en déficit, je n'y crois pas.

Mais je crois que pour moi, le pire, c'est les premières étapes vers une dictature. Le mot est fort, mais je crains que nous nous dirigions dans cette direction. J'avais appris à l'école qu'une des fondations de notre république, c'était la séparation des pouvoirs. Je pensais naïvement que notre État obéissait à cette séparation. Que l'Exécutif, le Législatif et le Judiciaire était séparés et se contrebalançaient les uns les autres. Mais là non plus, je n'y crois plus. Quand je vois les mesquineries des membres de nos parlements, je n'y crois plus. Quand je vois leur taux de présence, je n'y crois plus. Mais surtout quand je vois qu'une loi votée par le parlement est revotée parce qu'elle va à l'encontre des idées du gouvernement, là, je me dis qu'on se dirige doucement mais surement vers une autocratie.

Et le fameux "quatrième pouvoir", la presse, que fait-il? Pas grand chose. Les dirigeants des plus grands médias sont à la botte des dirigeants. Certains étaient déjà acquis à la cause. D'autres sont fraichement arrivés, suite à une nomination. Certains ont retournés leur veste. Ceux qui déplaisent sont virés, petit à petit, sans trop de vague. Pensez que la télé, le media le plus consommé en France, n'est plus vraiment libre. Les chaines généralistes ne disent quasiment que ce qu'on leur autorise. Les chaines thématiques ne parlent que de leur thèmes. Et certaines informations sont complètement passées sous silence.

Je ne peux pas croire que, ça, ce soit la France. Je ne peux pas croire que dans le fameux Pays des Droits de l'Homme, on musèle la Liberté d'Expression. Je n'arrive pas à croire qu'un obscur parlementaire se permette de demander un Devoir de Réserve pour les Artistes. Il est loin le temps où le ministère de la Culture clamait haut et fort son Amour pour les Artistes. A moins que l'Amour soit toujours présent, mais uniquement envers les artistes amis des chefs ou envers les artistes qui ne font pas de vagues. Encore une fois, c'est ça notre héritage? C'est ça qu'il nous reste du Siècle des Lumières et de la Révolution qui l'a suivi?

Pour en revenir à cet amour fugace (et sans doute simulé) pour les artistes, je crois qu'il a été très significatif des carences de ceux qui nous dirigent. Je crois que c'était un exemple flagrant de l'erreur maintes fois répétées par nos chefs : combattre le(s) symptôme(s) de la maladie et pas la cause de la maladie. Des le départ, les dirigeants ont fait des effets d'annonces, des coups d'éclats. Mais qui n'ont rien changé. Pensons au fameux "nettoyage" de la non-moins fameuse "jungle de Calais". C'était grand, c'était beau, c'était fort. Le gouvernement agissait pour le bien de tous. Le gouvernement débarrassait le territoire de la France de tous ces étrangers non-souhaités et bien sur responsable de tous les maux de la population française. Résultat signalé par Maitre Eolas : "Jungle de Calais, le bilan. Migrants arrêtés : 140. Migrants remis en liberté par la justice : 139." Seulement, ce résultat, personne n'en a officiellement parlé. La belle et grande opération a été filmé, montré, propagé dans les media. Mais le résultat, ridicule et petit, a fait beaucoup moins de bruit. Il est sans doute plus facile de montrer ses actions éclatantes que les mauvais résultats. 

Je pourrais continuer à donner des exemples pendant des pages. Mais je pense que vous avez compris. Le fait est que je ne me retrouve pas du tout dans la France actuelle, que je ne me retrouve pas du tout dans un pays dirigé par les dirigeants actuels. Que me reste-t-il?

Le passé. J'ai quelques affinités avec le passé. Peut-être parce que je l'idéalise. Mais sans vouloir jouer les grands-mères, j'ai parfois tendance à me dire que "c'était mieux avant". Quand? Et bien, comme je disais plus haut, pendant la Révolution. Ou pendant Mai 68. Ou pendant la Renaissance. A des moments où des hommes se sont battus pour que leurs semblables évoluent. Pendant des époques où les choses ont changé en bien. En des temps où la Liberté, l'Égalité et la Fraternité étaient le but. Cependant, le passé reste le passé. Et on ne peut pas vivre dans le passé.

Je pourrais me tourner vers le futur. Mais pour moi le futur va s'assombrir avant de s'éclaircir. Le futur proche ressemblera beaucoup au présent, en pire. Quant au futur plus lointain, je le vois plutôt apocalyptique. Comme disait Einstein, "Je ne sais pas avec quelles armes sera menée la Troisième Guerre mondiale, mais je sais que la Quatrième le sera avec des bâtons et des pierres".

Du coup, l'Histoire de la France ne m'inspire pas vraiment un sentiment d'appartenance à la France, surtout l'histoire actuelle. Je pourrais me tourner vers le pays lui-même, vers les plaines et les montagnes, vers les mers et les rivières, vers les villes et les iles. Certes, il y a beaucoup de coin en France que j'aime. J'aime bien me promener dans les Pyrénées et admirer les monts et les vallées. J'aime bien me promener sur la cote Atlantique et profiter du vent et des vagues. J'aime bien me promener en foret de Fontainebleau et profiter des arbres et des rochers. Oui, c'est beau, c'est reposant, ca ressource. Mais ca ne fait pas une nation. Des jolis paysages, ca ne crée par une appartenance à un peuple. J'aime tout autant les vallons écossais, les fjords norvégiens, les dunes de sable du Sahara ou la barrière de corail australienne. Mais ne me sens pas Écossais, Norvégiens, Africain ou Australien pour autant.

Je pourrais non plus essayer de m'identifier à la France, mais plutôt de m'identifier au peuple français. Le vulgum pecus, comme on dit. Mais le peuple lui-même sait-il ce qu'est être français? Ça ne semble pas très sûr. Le peuple, d'après ce que je vois en ce moment, il est breton ou corse ou occitan ou ch'ti. Est-ce que c'est une caractéristique intrinsèque ou une manipulation, je ne sais pas. Moi qui espérais rencontrer tout simplement des humains, des terriens, par opposition à des nationaux, je me rends compte qu'ils sont nombreux, ces "imbéciles heureux qui sont nés quelque part". Ou qui font partie de quelque chose. Comment peut-on définir une identité nationale alors que le communautarisme devient de plus en plus présent? Communautarisme fermé, qui plus est. Avec ses codes et ses langages privés. Il n'y a qu'à trainer sur les listes de diffusion comme soc.culture.breton pour se rendre compte que chacun veut à la fois appartenir à un groupe, mais aussi ne pas être comme son voisin. Comment peut-on demander à des gens comme ça s'ils se sentent membres d'une nation? Comment se reconnaitre dans des gens qui ne le veulent pas?

J'en reviens à la distinction que je faisais plus haut. Il y a beaucoup de gens qui ont la nationalité française, qui sont régis par le même ensemble de lois. Mais beaucoup moins qui ont vraiment une âme de français.

Quant à moi, je ne sais plus trop ce que je suis, à ce niveau là. Et c'est pas d'écrire tout ça qui m'a aidé.

Commentaires

1. Le mercredi 16 décembre 2009, 11:05 par Khey

Flo me parle de ton article, j'y ai réagi sur ton FB. je vais réagir ici aussi .

Je suis européenne, de parents qui a deux ont 3 sangs différents qui coulent dans leurs veines. Je suis belge, mais j'ai vécu 18 ans en France sur 43 ans, je connais la marseillaise mais je ne reconnaitrais même pas les notes de la Brabançonne. Je suis autant attachée à la France qu'au pays où je suis née. Je parle mieux le français que certaines personnes françaises ...

Que suis-je ... Dis moi toi, qui des fois à des réponses à mes questions ...

2. Le mercredi 16 décembre 2009, 11:43 par Sekhmet la Rouge

C'est marrant cette histoire. Parce que moi qui suis bien blanche et qui n'ai "aucune origine", on ne me demandera jamais de me justifier de mon identité nationale.

Et fort heureusement, parce que je me vois mal devoir faire l'apologie d'une histoire et de symboles qui ne sont pas les miens, mais juste ceux du pays dans lequel je suis née par hasard.

Je n'aime pas plus la France que n'importe quel autre pays. Il se trouve que je suis née là, c'est pas pire qu'ailleurs et par commodité j'y reste.

Du coup, je pense que si j'avais une couleur de peau un peu douteuse, ou un nom à consonance bizarre, ou une origine particulière, ça pourrait me poser problème.

Alors que là, en tant que française "de souche", je peux me permettre de n'en avoir juste rien à cirer...

3. Le mercredi 16 décembre 2009, 15:56 par Da Scritch

Moi, je me demandais comment aborder le sujet. Et puis j'ai lu la bd «Arabico», dessinée par un Toulousain

http://dascritch.net/blog.php/post/...

4. Le mercredi 16 décembre 2009, 16:04 par Flo

si ton billet ne fait pas franchement avancer le schmilblick, il met un peu par écrit le mal être que je ressens aussi...
je trouve que ces derniers mois q'uil y a une montée de la mysoginie, l'homophobie, du racisme... c'est lent, mouvant, insidieux dans les médias et dans ma vie de tous les jours...

après moi je me sens lorraine, mais il a fallu que je traverse la france de part en part pour m'en rendre compte. je suis française, voui, mais j'ai du mal à me représenter ce que cela représente pour moi dans ma petite tête !

5. Le mercredi 16 décembre 2009, 16:32 par Ultimatom

Pareil que Sekhmet : je suis Français parce que j'en ai la nationalité, et que j'aime sa culture, son chauvinisme, ses villages... Je supporte les équipes de France en sport certainement par bofferie et chauvinisme, mais aussi parce que ce sont les équipes que je connais le mieux. J'aime le vin, la côte atlantique, le foie gras, les Pyrénées, les Nuls, et j'ai été élevé dans le respect du drapeau et des valeurs de notre république.
Après, si j'avais grandi en Espagne, en Australie, ou à Trifouillis Les Oies, je me sentirais plus Espagnol, Australien, ou Trifouillois, parce que ce serait un environnement que je connaîtrais mieux.
J'ai la chance de ne pas avoir grandi dans une dictature ou au sein d'une ethnie décimée par des génocides, du coup, je ne hais pas le régime en place, et ne voudrais pas particulièrement d'autre nationalité.

6. Le mercredi 16 décembre 2009, 16:49 par Otir

Comme je l'expliquais moi-même il y a quelques semaines, c'est beaucoup plus facile de se dire soi-même de nationalité française quand on est un étranger (oui, je suis un étranger de nationalité française ! je suis étrangère au pays où je vis :-)

Vivre en tant qu'immigrée permet de comprendre le danger de la xénophobie, qui est toujours partagée par peur de l'autre, et ça n'a rien à voir avec l'identité. C'est un réflexe qui peut être travaillé, grâce notamment à l'éducation à la diversité.

Mais bon, je martèle ça à longueur de mon blogue, je vais pas venir polluer tes commentaires en plus !

Je mets un lien vers ce texte : "Pour en finir avec le piège de l'identité nationale"

http://www.lemonde.fr/societe/artic...

qui pour moi a bien résumé comment il faut entendre ce que sont les "identités" en jeu.

Quand je lis ton billet, je suis tout de même frappée par le fait que désapprouver la politique qui est menée par un gouvernement t'amène à douter d'appartenir à ce pays, comme si dans un pays démocratique on n'avait pas justement la possibilité d'appartenir à cette démocratie en n'étant pas d'accord avec son gouvernement (c'est le propre et l'avantage de nos démocraties). Je suis frappée de lire - pas seulement chez toi - le découragement qui entraîne essentiellement le renoncement à la participation dans un débat sous prétexte qu'il est biaisé (bien sûr qu'il l'est ! comme l'expliquait Virgile - mais pas que lui - dès le mois de novembre à son annonce).

Il ne faut justement, selon moi, pas laisser le terrain à ceux qui l'occupent à l'heure actuelle, trop heureux de sentir le silence opposé à la parole xénophobe décomplexée.

7. Le lundi 4 janvier 2010, 21:15 par TarValanion

Khey : Désolé, mais là je n'ai pas de réponse.
Sekhmet  : Effectivement, tu en as de la chance de pouvoir te permettre de n'en avoir juste rien à cirer...
DaScritch : Je regarderai, à l'occasion.
Flo : Je sais que c'est pas mon petit billet qui va changer grand chose. Mais s'il peut faire réfléchir quelques personnes, c'est déjà ça.
Ultimatom : l'amour de la France ne serait en fait qu'un histoire d'éducation?
Otir : Bon, s'il faut l'ouvrir, je vais essayer de l'ouvrir un peu plus alors. Pour le rapport entre le gouvernement et le pays, c'est justement parce que le gouvernement est élu, qu'on peut douter du pays complet. Si le gouvernement était imposé, on pourrait se dire que le peuple n'y est pour rien.