Management branquignole, chapitre 1

Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage.


J'ai travaillé ces deux dernières années dans un service de support informatique en sous-traitance pour un avionneur européen. Le support, c'est l'analyse et la résolution de problème. Dans mon cas, c'était pour le logiciel SAP, un logiciel de production, de gestion commerciale et de logistique. Pendant ces 2 années, j'ai fait uniquement du support sur ce logiciel. Le titre de mon poste est "Ingénieur support" (ce qui me gêne un peu vu mon simple Bac+2). Les 6 ans auparavant, j'ai fait du support d'un niveau technique moindre, mais toujours en rapport avec les logiciels et les données.
Rien de matériel donc.
De même, mon BTS est un BTS option Développeur d'application. Du logiciel encore une fois. Des connaissances très très basiques en matériel et infrastructure. Le strict minimum.

Le décor est planté.

Début octobre, je me suis porté volontaire pour participer au chantier d'amélioration de la base de connaissance de mon domaine, en parallèle de mon travail de support. Trois jours après le début, on me disait d'abandonner la base de connaissance pour ne faire que du support, étant donné qu'on n'avait pas atteint les objectifs attendus sur le mois. "La prod, la prod, la prod" nous a-t-on dit. Je n'ai eu l'autorisation de gérer la base de connaissance que fin décembre.

Entretemps, on nous a parlé d'offshorisation et du transfert de certaines tâches au Maroc. Avec la possibilité pour certains d'entre nous de partir sur place former nos collègues marocains. Là encore, je me suis porté volontaire. Le fait de former des gens m'intéresse, passer l'hiver dans un pays plus chaud m'intéressait aussi, ça pouvait être un ajout intéressant sur mon CV, et la prime pouvait être intéressante. Et comme m'a dit un ami : "Former les gens qui vont te prendre ton boulot, c'est bon pour le karma". Mais cette fois, c'est un collègue à moi qui a été choisi pour y aller. (Mon chef m'a dit un mois après la fin de ce chantier que ce n’était pas une question de compétences, mais plutôt de culture; le collègue en question étant musulman d'origine maghrébine. Je peux l'entendre.) Mon chef m'a appris cette non-sélection au détour d'un bureau, à l'oral, sans communication officielle, le 23 décembre.
En décembre, au cours d'une des rares réunions impliquant tous les employés, un collègue a demandé aux grands chefs comment allait se passer la réduction du nombre d'employés français pour contrebalancer l'arrivée des marocains. Il lui a été répondu que tout allait bien se passer, que certains démissionnaient, que d'autres avaient accepté des nouvelles missions et qu'on verrait pour le reste. Aucun licenciement, aucune brutalité. Miel, douceur, toussa, toussa.

Mon cul, oui.
Le 20 février, mon chef vient me voir et me demande de le suivre dans une salle pour une discussion. Là, il me dit "Je te sors du projet à la fin du mois." et il m'explique que je ne suis pas assez productif et que je passe trop de temps sur internet. Bien, bien. Le lendemain, entretien de fin de mission. Compétences et connaissances validées, objectifs atteints, sauf celui sur la productivité. Je suis donc débauché de mon poste au 28 février, une semaine plus tard. C'est un peu court et c'est assez brutal. Je profite de l'entretien pour mettre 2 tirs à mon futur ex-chef, un sur son absence totale de réponse à mes mails, un sur la non publication de plannings.
Vous avez l'explication de mon chef sur mon débauchage. Mon collègue V. me dit qu'une autre collègue m'a complètement descendu auprès des chefs, annonçant à qui voulait l'entendre que je ne foutais rien. (Ce qui est hypocrite venant de cette fille. Bref.) Mon collègue M. y voit plutôt un moyen de diminuer les effectifs français et donc les couts. J'y vois un mélange des trois.
Le 21/02, les papiers officiels sont signés pour me sortir du poste où je travaille. Mais je ne sais pas où je vais aller et je suis toujours employé par l'entreprise. J'attends donc. Mon chef se casse les 3 jours suivant au Maroc pour faire passer les entretiens de début de mission aux marocains. On ne le reverra que le vendredi 28, mon dernier jour de travail. Ce jour là; il fait son boulot habituel : assister à des réunions. Puis en milieu d'après-midi, il vient me voir et me demande innocemment : "alors tu as des nouvelles sur ton futur?" Je lui réponds : "Ben non, c'est toi le chef et personne d'autre n'est venu me voir." "Ah ben, je ne sais rien non plus." Me dit-il avant de partir.

Vendredi 15h30, je suis en week-end une heure plus tard et personne n'est capable de me dire quel sera mon travail ou mes horaires de lundi.

En fait, je vais rester 3 semaines de plus assis au même bureau. Ce qui me permet de voir que personne n'a été embauché pour me remplacer. Je ne travaillais pas assez, mais apparemment, c'était encore trop. On me donne un travail à faire : amélioration de la base de connaissance de mon domaine. Oui, la même que je n'avais pas eu le droit de toucher à l'automne. Et là, j'ai le droit. On me l'a même demandé par écrit. Cette fois-ci, je prends mon temps. Je n'ai pas de délai et je n'ai plus aucune motivation.

Surtout que je vois d'autres évènements : mon collègue qui a démissionné et dont la date de départ est le 02 avril n'est pas remplacé. Et mon voisin de bureau sort de la mission au 28 mars et n'est pas remplacé non plus. On commence à voir un motif se répéter, non?

Et puis, le vendredi 21 mars, une demande de réunion d'une femme que je ne connais pas. Pour me parler d'une nouvelle mission. Haha. La fin de l'incertitude? On verra…

Commentaires

1. Le dimanche 30 mars 2014, 17:43 par 240-185

Par où commencer…

Déjà, il manque un fond jaune derrière le billet quand on n'a pas rédigé de commentaire, ce qui fait que sous Chrome et Android, le noir sur fond rouge foncé fait saigner un peu des yeux.

Ensuite, je suis un ancien collègue de Tarvalanion. Je faisais du support à des lusers qui ne juraient que par Oueurde et Ekselle. Conrairement à lui, je suis resté dans cette boîte soi-disant « rapide ».

En 2012, j'ai été déplacé à un service qui faisait en gros de la supervision de serveurs à distance, de l'administration réseau et système et de la création de lignes ToIP. Un support N1, qui était supposé devenir à terme un support « N1+ ».

Sauf que la formation consistait plus ou moins à se la carrer dans le fion et à attendre que les N2 usent de leur bonne volonté pour faire du « transfert de compétences ». Ajoutons à cela un manager qui est l'incarnation du Pointy Haired Boss de Dilbert, et vous avez un joli tableau. D'ailleurs j'ai fait un burn-out à la fin de l'année 2012, faut-il y voir un lien de cause à effet ? Je ne peux le dire, les entreprises usant de leur influence et de la loi pour veiller au bon ordre des choses.

En 2013, Slow rachète une SS2I qui avait une antenne sur Grenoble. Le grand manitou de la région Sud-Ouest ne cachait pas sa volonté de faire fermer le service. Les managers de Grenoble, forts de leur nouvelle maison, se sont mis à descendre les managers et à pointer du doigt la mauvaise gestion des managers de Slow. Si bien qu'à Toulouse, l'activité baissait et celle de Grenoble croissait.

Puis l'activité se faisait de plus en plus rare. Notre manager court-circuité dans le processus de recrutement. Et puis ce qui devait arriver arriva : la fermeture du service programmé. Mais pas par des licenciements secs, non. Slow l'a fait une fois, les prud'hommes leur ont gentiment rappelé l'existence du code du Travail derrière. Une multitude de ruptures conventionnelles de contrat. Seule la partie « gestion de lignes ToIP » subsiste, mais avec la moitié des clients en moins.

Janvier 2014. Nous ne sommes plus que 4. Notre salaire net baisse à cause de la cotisation à la mutuelle qui triple, un DRH qui use de tous les prétextes pour ne pas pallier cette baisse. Une activité au ras des pâquerettes. Un manager aux abonnés absents, préférant se consacrer à ses nouveaux bébés de help desk plutôt qu'à notre service. Un manager qui nous planifie des entretiens annuels, mais comme se profile la fusion des trois entités informatiques de Slow, il a reçu l'ordre de ne rien nous dire. Donc on tourne en rond comme des cons, étant obligés de passer nos journées sur Toitube entre deux tickets qui tombent sporadiquement.

Et puis la nouvelle tombe. Fin février, je décide de demander les modalités de rupture conventionnelle. Ces fils de pute de la RH avaient en fait quasiment pré-rempli le formulaire CERFA, il ne restait plus que ma signature. J'ai signé.

Et je ne regrette pas. Quand on est payé à peine dix euros de plus que le SMIC après presque trois ans d'ancienneté et qu'on a l'impression d'avoir stagné, voire régressé, il est temps d'aller voir ailleurs. Sauf que le marché du travail en informatique est bouché. Qu'à cela ne tienne, une formation de responsable réseau fera l'affaire. Je serai payé le SMIC, mais je saurai pourquoi.

Ce que nous subissons Tarvalanion et moi, c'est juste la vision court-termiste des entreprises, qui organise au jour le jour, et qui ne font absolument rien pour s'assurer une vision pérenne. Ne comptez pas sur les gouvernements successifs pour imposer à ces entreprises quoi que ce soit. La liberté d'entreprendre a été pervertie en une sorte d'autoritarisme des entreprises privées, et le seul droit qui nous reste, c'est celui de la fermer.

Triste monde tragique.

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