La nuit des quatre-temps

Il y avait une fois une vielle fille. Elle était vieille et fripée. Plus vieille que Jeanne Calment et plus fripée que Jack Lang. Plus elle vieillissait, plus elle se croyait jeune et jolie. Cette femme n'avait qu'un valet, appelé Bourtoumieu, qui lui servait de garde. Tous deux vivaient en pleine garrigue, dans une grande villa pleine de souris et d'araignées. Pourtant, la vieille avait en cave sept caisses, toutes remplies de lingots d'or. Chaque matin, elle faisait sécher son or aux rayons du soleil levant.

Un matin qu'elle travaillait comme de coutume, vint à passer un beau jeune homme dans sa Porsche noire. Voyant cela, il s'arrêta.
- Bonjour, demoiselle. Que faites-vous là ?
- Beau jeune homme, je fais sécher mon douaire aux rayons du soleil levant.
- Demoiselle, le douaire est beau. Mais la fille est plus belle encore. Voulez-vous de moi pour mari ?
- Beau jeune homme, file ton chemin. File ton chemin, et reviens me chercher dans la nuit des Quatre-Temps.

Six mois plus tard, à minuit, le beau jeune homme frappait à la porte de la villa.
- Ho ! Demoiselle, levez-vous. Il est temps de nous marier.
- Beau jeune homme, quel temps fait-il ?
- Demoiselle, il pleut à grand déluge.
- Beau jeune homme, comment es-tu venu?
- Demoiselle, je suis venu à pied.
- Beau Jeune homme, file ton chemin. Je ne me marie pas encore.

Six mois plus tard, à minuit, le beau jeune homme frappait encore à la porte de la villa.
- Ho ! Demoiselle, levez-vous. Il est temps de nous marier.
- Beau jeune homme, quel temps fait-il ?
- Demoiselle, il pleut à grand déluge. L'orage gronde à rendre sourd.
- Beau jeune homme, comment es-tu venu?
- Demoiselle, je suis venu à cheval.
- Beau jeune homme, file ton chemin. Je ne me marie pas encore.
- Demoiselle, vous m'avez éconduit. Mais gardez mon étalon.

Six mois plus tard, à minuit, le beau jeune homme frappait encore à la porte du château.
- Ho ! Demoiselle, levez-vous. Il est temps de nous marier.
- Beau jeune homme, quel temps fait-il ?
- Demoiselle, il pleut à grand déluge. L'orage gronde à rendre sourd. Il vente à décorner les taureaux.
- Beau jeune homme, comment es-tu venu?
- Demoiselle, je suis venu à vélo.
- Beau jeune homme, file ton chemin. Je ne me marie pas encore.
- Demoiselle, vous m'avez éconduit. Mais gardez mon vélo.


Un an plus tard, à minuit, le beau jeune homme frappait encore à la porte du château.
- Ho ! Demoiselle, levez-vous. Il est temps de nous marier.
- Beau jeune homme, quel temps fait-il ?
- Demoiselle, il pleut à grand déluge. L'orage gronde à rendre sourd. Il vente à décorner les taureaux. La grêle tombe, épaisse et grosse comme le poing.
- Beau jeune homme, ca ressemble à la nuit des Quatre-Temps. Comment es-tu venu?
- Demoiselle, je suis venu en voiture.
- Beau jeune homme, c'est vraiment la nuit des Quatre-Temps! Vite, il faut nous marier. Ho ! Bourtoumieu, debout. Selle et bride ta jument blanche. Selle et bride son étalon!

Ho ! Bourtoumieu, selle, selle,
Selle, selle, ma bourriquette

Une heure plus tard, la vieille, vêtue en mariée, Bourtoumieu et le beau jeune homme galopaient à travers la garrigue. Il pleuvait à grand déluge. L'orage grondait à rendre sourd. Il ventait à décorner les taureaux. La grêle tombait, épaisse et grosse comme le poing.

Ho ! Bourtoumieu, fouette, fouette,
Fouette, fouette ma bourriquette
- Oui, demoiselle.

Ho ! Bourtoumieu, fouette, fouette,
Fouette, fouette ma bourriquette.
- Bourtoumieu, quel beau temps !
- Oui, demoiselle.

Ho ! Boutoumieu, fouette, fouette,
Fouette, fouette ma bourriquette.

- Bourtoumieu, vois-tu ces lumières dans le bois ?
- Oui, demoiselle. Ce sont les loups qui nous poursuivent. Leurs yeux brillent dans la nuit noire.
Ho ! Bourtoumieu, fouette, fouette,
Fouette, fouette ma bourriquette.
- Non, Bourtoumieu. C'est le beau jeune homme qui fait illuminer pour moi. Comme il est riche ! Comme il m'aime !
- Oui, demoiselle.

Ho ! Bourtoumieu, fouette, fouette,
Fouette, fouette ma bourriquette.
- Bourtoumieu, entends-tu ces cris dans le bois ?
- Oui, demoiselle. Ce sont les loups du Mercantour qui hurlent de faim. Gare à nous.
Ho ! Bourtoumieu, fouette, fouette,
Fouette, fouette ma bourriquette.
- Non, Bourtoumieu. C'est le beau jeune homme qui fait chanter pour moi. Comme il est riche ! Comme il m'aime !

Ho ! Bourtoumieu, fouette, fouette
Fouette, fouette ma bourriquette.

Alors, les loups tombèrent sur la vieille et sa bourriquette. Bourtoumieu tira son 9mm ; mais le beau jeune homme l'arrêta.
- Bourtoumieu, laisse ces bêtes manger à leur faim. Tu n'auras pas à t'en plaindre.
Les loups repus et partis, le beau jeune homme dit :
- Bourtoumieu, mets pied à terre, et regarde ce qu'il reste de la vieille et de sa bourriquette.
- Beau jeune homme, de la vieille, il reste une jambe d'or. De la bourriquette, il reste quatre fers d'or, avec les clous de diamant.
- Bourtoumieu, tout est pour toi. Ramasse vite, et partons.
Tous deux rentrèrent à la villa de la vieille demoiselle, et ils y vécurent riches et heureux.

par TarValanion, adaptation libre d'un conte occitan. (Explications dans le billet de demain.)

Commentaires

1. Le samedi 5 décembre 2009, 17:33 par Sab

AAh j'adore la chute !!!!! Bravo

2. Le samedi 5 décembre 2009, 18:22 par Sekhmet la Rouge

J'attends les explications. :)

3. Le lundi 7 décembre 2009, 13:40 par une abeille

Bravo pour la chute ! :)